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20 brillantes femmes chercheuses africaines récompensées

Par Ambre Delcroix
Nov 17, 2022
8 min

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« Il est temps d’admettre qu’une plus grande diversité favorise une plus grande innovation. Si l’on ne féminise pas davantage les sciences, la technologie, l’ingénierie et les mathématiques, le monde continuera d’être façonné par et pour les hommes et le potentiel des filles et des femmes restera inexploité », avait souligné M Guterres, Secrétaire général de l’ONU dans un discours en 2021.

Depuis 1998, le programme L’Oréal-UNESCO pour les Femmes et la Science a pour vocation d’accélérer les carrières des femmes scientifiques et de lutter contre les obstacles qu’elles rencontrent, pour qu’elles puissent contribuer à la résolution des grands défis de notre temps. En 24 ans, le programme a soutenu plus de 3 900 chercheuses originaires de plus de 110 pays.

Pour la 13ème édition du Prix Jeunes Talents Afrique subsaharienne, la Fondation L’Oréal et l’UNESCO réaffirment leur engagement aux côtés des femmes scientifiques, afin de les accompagner, les rendre visibles, et les soutenir dans leurs carrières.

Repaertition des femmes scietifiques en afrique et domaines
Répartition par domaine des femmes scientifiques en Afrique

Nous avons interviewé l’une des 20 lauréates du prix 2022 pour comprendre son parcours et permettre aux jeunes filles africaines de savoir comment elle a mené sa barque jusqu’à ce succès.

Brenda NAMUMBA, l’astrophysicienne africaine qui dialogue avec l’univers 

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Brenda NAMUMBA est post-doctorante en sciences de la matière, elle vient de Zambie – Son sujet de recherche : « utiliser les télescopes précurseurs du SKA pour percer les mystères de l’univers ».

Tama Média : « Venez-vous d’une famille de scientifiques ? 

Brenda NAMUMBA : « Non, mon père est électricien et ma mère a arrêté l’école au collège, elle est commerçante. J’ai un frère qui est biologiste, mais je suis la seule à avoir été aussi loin dans les études et en science ». 

TM : Comment avez-vous financé vos études ? 

MY : « Ma famille a payé mes premières années d’études jusqu’au lycée. Ensuite j’ai obtenu des bourses d’excellence du gouvernement puis j’ai déposé des candidatures pour mon doctorat pour trouver des financements. 

A l’époque où j’ai fait mon doctorat, mon père avait perdu son travail donc il lui était impossible de financer mes études mais j’ai réussi à obtenir le financement auprès d’organisations, à force de détermination. » 

TM : Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées sur votre parcours ? 

MY : « La recherche de financement a été une grosse part du travail. J’ai eu six refus avant de finalement avoir un ok. J’ai dû améliorer encore et encore mon dossier jusqu’à finalement correspondre aux exigences des structures qui pouvaient me financer. 

Ensuite, j’ai eu plusieurs fois des remarques d’hommes dans les sciences me disant que si j’y arrive c’est parce que je suis une femme et que la société facilite la vie aux femmes dans ce domaine. Comme si mon parcours n’était pas le fruit de mon travail. Pourtant nous devons fournir tout autant d’efforts que les hommes.

Et les femmes africaines n’ont été plus soutenantes. Dans ma famille par exemple, les femmes ne comprennent pas que je m’investisse autant pour faire ces recherches. 

Elles me disaient souvent que je devrais me marier, avoir des enfants pour enfin être respectée et avoir l’égard qu’une femme doit avoir au sein de sa famille et de la société. J’écoutais et je laissais couler, j’évitais juste les discussions sur ces sujets.

Mais maintenant que j’ai terminé mon doctorat et que je suis en post-doc depuis deux ans, je peux enfin fonder une famille. Je viens d’avoir un petit garçon qui a cinq jours aujourd’hui ».

TM : Justement par vos recherches, que pouvez-vous nous partager sur la relation entre l’homme et l’univers.

MY : « J’étudies la formation des étoiles, des galaxies et les particules à partir desquelles elles se forment. Et via cette analyse, j’ai pu mettre en avant le fait que les particules qui composent les étoiles ou les galaxies sont exactement les mêmes que celles qui composent le corps humain ou tout ce qui se trouve sur la terre. Tout ce qui est sur terre vient en fait de l’univers. 

TM : Que diriez-vous aux jeunes filles qui auraient peur de se lancer dans les sciences de peur de ne pas y arriver ?


MY : « Je leur dirais que nous avons aujourd’hui la chance d’avoir des femmes africaines qui ont été de très bons exemples dans ce domaine. Si j’ai pu le faire malgré les challenges, elles peuvent aussi y arriver et même faire encore mieux.

Le vrai cocktail pour réussir dans ce domaine c’est beaucoup de passion et de la détermination. »

TM : Quel est votre objectif en tant que femme dans la science en Afrique ? 

MY : « Le savoir c’est le pouvoir ! Je voudrais que tout le monde en Afrique puisse avoir accès à l’éducation, notamment eux connaissances désormais disponibles en astrophysique.

J’ai enseigné pendant 6 mois dans un village reculé de Zambie, sans eau courante, électricité ou internet et quand j’ai vu le décalage avec le niveau d’éducation des personnes vivant en ville, j‘ai décidé d’agir.

Et pour ce faire, je vais sillonner les villages pour sensibiliser les parents sur la nécessité de scolariser leurs enfants et de réduire le mariage à un jeune âge pour permettre aux jeunes, surtout aux filles de se former.

Ensuite j’ai aussi pour objectif de faire parvenir un maximum de livres dans les villages et sensibiliser les autres scientifiques au fait de donner un peu de leur temps pour partager leurs connaissances.

Si chacun s’y met un peu, nous pourrons y arriver tous ensemble. »

Les 20 femmes scientifiques primées aux 4 coins de l’Afrique 

De l’île Maurice au Cameroun, du Nigéria au Kenya, ces femmes ont été triées sur le volet pour l’excellence de leur travail. La cérémonie de remise des prix sera organisée le 1 décembre à Abidjan. Ci-dessous les 20 lauréates et leur domaine de recherche.

Cinq femmes en Afrique australe

  • – Bibi Nausheen JAFFUR : « production de biopolymères à partir de fibres végétales » – Île Maurice

  • – Beauty MAKAMURE : « séquençage du génome entier pour la détection de la résistance aux médicaments contre la tuberculose au Zimbabwe » – Zimbabwe

  • – Brenda NAMUMBA, : « utiliser les télescopes précurseurs du SKA pour percer les mystères de l’univers » – Zambie

  • – Lovasoa Rina RAHARINAIVO : « la pollution plastique et ses alternatives à Madagascar » – Madagascar

  • – Bibi Yusra RUHOMALLY : « lodélisation de la dynamique de consommation de drogues à l’aide du modèle NERA » – Île Maurice

Deux femmes en Afrique centrale

  • – Assia Aboubakar MAHAMAT : « développement de matériaux de construction écologiques en Afrique subsaharienne » – Tchad

  • – Nora NGANYEWO : « génétique et invasion par le Plasmodium falciparum en Gambie » – Cameroun

Cinq femmes en Afrique de l’Est

  • – Julliet KIRUI : « classification de la qualité de l’eau à l’aide de l’apprentissage ensembliste et de l’Internet des objets » – Kenya

  • – Geraldin M. W. LENGAI : « développement de fongicide botanique pour la gestion des parasites de la tomate et de la pomme de terre » – Kenya

  • – Ruth MWANGI : « Biopesticides contre la dégradation des tomates post-récolte » – Kenya

  • – Ange Cynthia UMUHIRE : « prédire et prévoir la météo spatiale au Rwanda » – Rwanda

  • – Bezalem Eshetu YIRDAW : « modélisation de la mortalité infantile à l’aide d’un réseau bayésien multi-niveaux » – Éthiopie

Huit femmes en Afrique de l’Ouest

  • – Iveren ABIEM, : « la séquestration de carbone dans la forêt afromontagnarde » – Nigeria

  • – Winifred Ayinpogbilla ATIAH : « prévision des crues saisonnières au Ghana » – Ghana

  • – Farida BOUBE DOBI : « la gestion des eaux souterraines au Niger » – Niger

  • – Awa Bousso DRAMÉ : « sciences géospatiales et intelligence artificielle pour la surveillance des côtes en Afrique de l’Ouest » – Sénégal

  • – Olyvia Gwladys FADEYI : « chaîne de valeur des champignons comestibles et autonomisation financière des femmes rurales au Bénin » – Bénin

  • Adjata KAMARA : développement de biopesticides contre la pourriture post-récolte de l’igname » – Côte d’Ivoire

  • – Oluwatosin OGUNDOLIE (née AKINWALE) :  « prévision des inondations au Nigeria » – Nigeria

  • – Mawulolo YOMO : « Dynamique de l’intrusion de l’eau de mer dans le bassin sédimentaire côtier du Togo » – Togo