Aller au contenu
Enquêtes, reportages au long format, fact-checking

Économie

AFRICA Day 2026 à Sciences Po Paris : entrer dans la pièce, et y faire entrer les autres

À Paris, AFRICA Day 2026 a réuni près de 4 500 participants à Sciences Po. Enjeu : ouvrir aux jeunes les portes de ceux qui décident et recrutent en Afrique.

Par Tama Média

Illustration de l'article : AFRICA Day 2026 à Sciences Po Paris : entrer dans la pièce, et y faire entrer les autres
PartagerWhatsAppXFacebookLinkedIn

Le 3 octobre à Paris, près de 4 500 étudiants, jeunes diplômés, chefs d’entreprise et responsables politiques se sont retrouvés à l’Institut d’études politiques de Paris (Sciences Po Paris) pour la troisième édition d’AFRICA Day. Une journée de débats sur l’avenir économique, politique et culturel du continent, mais surtout l’occasion, pour une nouvelle génération, d’approcher ceux qui décident, financent et recrutent en Afrique.

Un rendez-vous né d’un réseau franco-africain

AFRICA Day est une initiative de la French-African Foundation, organisée avec Sciences Po et le groupe AXIAN.

La French-African Foundation a été créée à Paris en 2019 par d’anciens lauréats du programme Young Leaders de la fondation AfricaFrance. Placée à sa création sous le haut patronage du président français Emmanuel Macron et de son homologue ghanéen de l’époque, Nana Akufo-Addo, elle est aujourd’hui dirigée par Nachouat Meghouar. Son programme phare, Young Leaders, réunit chaque année de jeunes professionnels africains et français autour de formations, de mentorat et de rencontres. Son ambition affichée : faire émerger une nouvelle génération de responsables engagés et changer le regard que la France et l’Afrique portent l’une sur l’autre.

Sciences Po Paris, qui accueillait l’événement, est l’un des établissements d’enseignement supérieur les plus prestigieux de France. Son nom officiel est Institut d’études politiques de Paris. Fondée en 1872, l’école fait partie de ce que l’on appelle en France les « grandes écoles » : des établissements très sélectifs, distincts des universités, qui forment une grande partie des élites du pays. On y étudie la science politique, l’économie, le droit, l’histoire et les relations internationales. Plusieurs présidents de la République française, dont Emmanuel Macron, François Hollande, Jacques Chirac et François Mitterrand, y ont fait leurs études. L’école s’est aussi tournée vers l’Afrique : elle propose un cursus de premier cycle consacré aux relations entre l’Europe et l’Afrique et a ouvert en 2018 un bureau de représentation à Nairobi, au Kenya.

AXIAN, le troisième organisateur, est un groupe privé africain d’origine malgache, dirigé par l’entrepreneur Hassanein Hiridjee. Il est présent en Afrique et dans l’océan Indien dans les télécommunications, l’énergie, les services financiers et l’immobilier. Le grand public le connaît surtout à travers sa marque de téléphonie mobile Yas, présente au Sénégal, au Togo, à Madagascar, en Tanzanie et aux Comores, et à travers son service de paiement mobile Mixx.

En trois ans, l’événement a changé d’échelle. La première édition, le 3 octobre 2024, organisée en marge du Sommet de la Francophonie, avait réuni environ 600 personnes et s’était ouverte par un échange entre de jeunes leaders africains et Emmanuel Macron au palais de l’Élysée. La deuxième, en octobre 2025, a dépassé les 4 000 participants. Cette année, près de 4 500 personnes et une centaine d’intervenants ont fait le déplacement, selon les organisateurs.

Pour Luis Vassy, directeur de Sciences Po, ce rendez-vous prolonge un engagement ancien de l’école : « L’Afrique est depuis près de vingt ans au cœur de l’ouverture internationale de Sciences Po. » L’édition 2026 s’inscrit aussi dans la préparation du futur Centre Afrique de l’établissement, appelé à devenir un lieu permanent de recherche, d’enseignement et de dialogue consacré au continent.

Des étudiants face à ceux qui décident

Le principe d’AFRICA Day est simple à en croire ses organisateurs : mettre des étudiants et de jeunes diplômés, venus de Sciences Po et d’autres universités et grandes écoles, en contact direct avec des dirigeants africains et français. Les organisateurs veulent sensibiliser cette génération aux enjeux du continent, l’encourager à y construire un projet ou une carrière, et célébrer chaque année les réussites africaines.

Au fil des conférences, des tables rondes et des Leadership Talks (des interventions de dirigeants qui partagent leur parcours et leur vision), les participants ont abordé des sujets aussi variés que l’intelligence artificielle, l’énergie, l’industrie, l’agriculture, la finance, le sport, la musique ou les industries créatives.

Parmi les intervenants figuraient l’homme d’affaires nigérian Tony O. Elumelu, président du groupe Heirs Holdings et fondateur de la Tony Elumelu Foundation ; Hassanein Hiridjee, PDG du groupe AXIAN ; le Kényan James Mwangi, PDG d’Equity Bank Group ; Corinne Amori Brunet, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération du Bénin ; Éléonore Caroit, ministre déléguée française chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger ; Bacary Sarr, ministre sénégalais de la Communication et des Relations avec les Institutions et porte-parole du gouvernement ; Aurélien Tchouaméni, joueur du Real Madrid et de l’équipe de France de football ; ou encore le chanteur Singuila. Ils étaient entourés de représentants de l’AFD, de Proparco, de la Société financière internationale (IFC, la branche de la Banque mondiale consacrée au secteur privé) et de plusieurs entreprises implantées sur le continent.

La journée avait aussi une dimension très concrète. Une Talent Fair, sorte de salon du recrutement, permettait aux étudiants et jeunes diplômés de rencontrer directement des entreprises et des institutions présentes en Afrique. Des Career Talks présentaient les métiers et les parcours possibles sur le continent.

« Entrez quand même »

L’accès aux opportunités a été au cœur des échanges consacrés à la jeunesse et au leadership.

Le titre du Leadership Talk réunissant Marième-Sav Sow, vice-présidente Engagement & Advocacy Africa de TotalEnergies, et Nelly Berthelot-Mandengue, experte en communication stratégique et affaires publiques,  posait d’emblée la question : « Personne ne vous attend dans la pièce ? Entrez quand même ! » La discussion a porté sur la visibilité, la construction de la légitimité, le mentorat et la manière de prendre sa place dans des lieux où l’on n’est pas forcément attendu.

Le message a ensuite été complété par une autre formule : « Et laissez la porte grande ouverte derrière vous. » Autrement dit, accéder à une position de responsabilité ne suffit pas. Il s’agit aussi de transmettre à son tour et d’aider ceux qui suivent à entrer.

Tony O. Elumelu a résumé cette ambition en deux mots : « démocratiser la chance ». Après l’événement, plusieurs participants ont repris l’expression pour souligner la nécessité de multiplier les rencontres entre jeunes talents, dirigeants et entrepreneurs.

Pour une partie du public, l’enjeu était très concret : savoir quels secteurs recrutent, identifier les bons interlocuteurs, découvrir des parcours possibles. Certains jeunes issus des diasporas africaines en France y voyaient aussi un moyen de renouer avec des pays auxquels les lie leur histoire familiale.

Raconter l’Afrique autrement, à condition que la réalité suive

Les débats ne se sont pas limités à l’emploi et aux trajectoires individuelles. Plusieurs tables rondes ont porté sur la manière dont les pays africains construisent leur image et mettent en valeur leurs ressources.

L’une d’elles était consacrée au nation branding, c’est-à-dire la stratégie par laquelle un État construit et promeut son image à l’étranger pour attirer investisseurs, visiteurs et partenaires. La ministre béninoise Corinne Amori Brunet y a insisté sur le rôle du patrimoine : « Utiliser son patrimoine pour montrer ce que l’on a d’exceptionnel. » Mais la discussion a vite dépassé la seule communication. Elle a porté sur les investissements, les infrastructures et les politiques publiques sans lesquels un récit national reste une façade.

Le panel s’est en effet interrogé sur la cohérence entre l’image qu’un pays projette et ce que vivent réellement ses citoyens, ses investisseurs et ses partenaires. Une formule entendue au cours des échanges l’a bien résumé : « La communication, le nation branding, vient au service de réalités. »

Le sport a offert un autre terrain de réflexion. Dakar accueillera du 31 octobre au 13 novembre 2026 les Jeux olympiques de la jeunesse, premier événement olympique organisé sur le sol africain. À quelques semaines de l’ouverture, les intervenants ont évoqué les infrastructures, l’emploi, l’investissement privé et ce que laissent derrière eux les grands événements sportifs.

Pour Sandra Kassab, directrice Afrique de l’Agence française de développement (AFD), l’organisme public qui finance des projets de développement pour le compte de l’État français, le point de départ ne fait pas de doute : « L’Afrique a déjà le talent, la passion et le marché. » Reste, selon elle, à transformer ce potentiel en valeur économique et sociale durable, et à faire en sorte qu’une part plus importante de cette valeur soit investie et réinvestie sur le continent.

Le même raisonnement a guidé les discussions sur le financement et les infrastructures. Mobiliser des capitaux ne suffit pas : encore faut-il réunir les conditions pour que cet argent se transforme en projets, en entreprises et en emplois.

Transmettre et ouvrir des portes

La transmission était présente dans l’ensemble des Leadership Talks. Le patron d’Axian, Hassanein Hiridjee, est intervenu sur le thème « Bâtir en Afrique : votre génération, votre moment ». D’autres échanges ont porté sur le financement, l’entrepreneuriat et les parcours de dirigeants.

L’AFD, partenaire de cette édition avec sa filiale Proparco, consacrée au financement du secteur privé, et Expertise France, l’agence française de coopération technique, a pris part à quatre panels sur les enjeux de développement et les opportunités du continent.

La diversité des intervenants reflétait celle des sujets. Aux côtés des responsables publics et économiques, la musique et le divertissement représentaient les industries culturelles, tandis que le volet sportif réunissait notamment Aurélien Tchouaméni et des professionnels de l’investissement dans le sport.

Plus qu’une conférence centrée sur un thème unique, AFRICA Day 2026 a donc pris la forme d’une suite de conversations entre des mondes qui se côtoient peu : institutions, entreprises, finance, culture, sport, enseignement supérieur et jeunesse.

Les étudiants et jeunes diplômés présents à Sciences Po n’étaient pas seulement invités à écouter des personnalités installées. Ils ont été mis en contact avec des secteurs, des métiers et des parcours susceptibles de nourrir leurs propres projets.

C’est dans cet espace, entre écoute, rencontre et possibilité d’accès, que cette édition trouve son sens. Pour participer à la construction de l’Afrique de demain, encore faut-il pouvoir entrer dans la conversation ?


À lire aussi

Commentaires (0)

Connectez-vous pour laisser un commentaire.

Aucun commentaire pour le moment.

Akili Check

Akili Check, vérifiez avant de partager

L'assistant IA qui vérifie une info, un lien ou une rumeur en quelques secondes, sources à l'appui.

Texte, voix, photo ou lienVerdict et sources citéesUn journaliste fact-checker si besoin
L'application Akili Check en cours de vérification : à la question « Le VIH a été créé par l'homme en laboratoire ? », elle répond « Verdict : Faux », suivi d'une analyse détaillée et de ses sources.