Le monde retient son souffle. Depuis le 28 février 2026, les États-Unis et Israël ont lancé une opération militaire conjointe contre l’Iran baptisée “Operation Epic Fury” côté américain et “Operation Roaring” Lion côté israélien ouvrant le conflit le plus dévastateur au Moyen-Orient depuis des décennies.
Le Guide suprême de la République islamique, l’ayatollah Ali Khamenei, a été assassiné le 28 février lors des frappes israélo-américaines, après plus de 36 ans à la tête du régime. Sa mort, confirmée le 1er mars par la télévision d’État iranienne, a fracturé l’Iran en deux : des scènes de liesse chez les opposants au régime, et une soif de vengeance chez ses partisans.
En représailles, Téhéran ne s’est pas contenté de riposter sur Israël. L’Iran a lancé des centaines de drones et missiles balistiques non seulement vers Israël, mais aussi vers des bases militaires américaines en Jordanie, au Koweït, à Bahreïn, au Qatar, en Irak, en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis. Le Hezbollah a ouvert un nouveau front en attaquant Israël depuis le Liban, tandis qu’un drone iranien a frappé la base britannique d’Akrotiri à Chypre, première frappe directe sur un territoire européen depuis le début du conflit. La région tout entière est embrasée.
Les conséquences économiques mondiales sont immédiates. La fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran a provoqué une perturbation immédiate des livraisons mondiales de pétrole et de gaz , par lequel transitent un quart du pétrole mondial et un cinquième du gaz naturel liquéfié. L’Afrique n’est pas épargnée : plusieurs pays africains, importateurs massifs de pétrole et de produits alimentaires, sont directement exposés aux fluctuations des prix mondiaux, avec des marges de manœuvre budgétaires déjà limitées. Le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko a d’ailleurs averti que le continent africain subira de plein fouet les conséquences de ce conflit.
Pour Tama Media, le diplomate Sénégalais Babacar Sané Ba, spécialiste des relations internationales, de défense et de sécurité analyse cette confrontation aux ramifications multiples.

Tama Média - Quelle analyse faites-vous de la situation actuelle en Iran ?
Babacar Sané Ba - La situation actuelle en Iran s’inscrit dans une dynamique d’escalade stratégique qui dépasse largement un simple échange militaire ponctuel. Nous sommes face à une séquence d’escalade à haute intensité, où l’objectif n’est plus seulement la dissuasion, mais la désorganisation systémique de l’appareil iranien (commandement, défense aérienne, capacités navales, missiles, renseignement). Cela démontre aussi une dimension assumée de décapitation politique et une volonté ferme de contenir l’influence régionale iranienne, selon plusieurs récits médiatiques et analyses. En face, Téhéran ne peut politiquement apparaître affaibli, ce qui l’oblige à calibrer une réponse capable de préserver sa crédibilité sans provoquer un embrasement total incontrôlable.
Nous sommes donc face à une confrontation où la logique de prestige, de sécurité et de positionnement régional s’entremêlent. L’Iran est un acteur central du Moyen-Orient, disposant de relais indirects et de capacités asymétriques qui compliquent toute tentative de neutralisation rapide. Dans ce contexte, le risque majeur n’est pas seulement l’intensité des frappes, mais la possibilité d’une extension géographique du conflit, notamment vers les routes énergétiques stratégiques.
Ce qui rend cette crise particulièrement préoccupante, c’est qu’elle intervient dans un monde déjà fragmenté par les rivalités entre grandes puissances. Chaque camp agit aussi pour envoyer un signal au reste du système international. Cela signifie que la crise iranienne n’est pas isolée : elle s’inscrit dans une recomposition plus large des équilibres mondiaux.
Pour l’Afrique, l’analyse doit rester lucide et stratégique. Il ne s’agit pas de se positionner émotionnellement, mais de comprendre que toute confrontation impliquant des acteurs majeurs dans une zone énergétique clé a des répercussions systémiques. Cette situation rappelle que la géopolitique est désormais indissociable de l’économie et que les États qui ne disposent pas d’outils d’anticipation stratégique sont condamnés à subir les chocs décidés ailleurs.
Quels seraient les effets macroéconomiques d’une perturbation prolongée du détroit d’Ormuz sur les prix du pétrole, l’inflation mondiale et les économies africaines importatrices nettes d’énergie comme le Sénégal ?
Le détroit d'Ormuz est un point névralgique du système énergétique mondial. Une part essentielle du pétrole consommé chaque jour dans le monde y transite. Sa perturbation prolongée ne provoquerait pas seulement une tension régionale, mais un choc global. Les marchés intégreraient immédiatement une prime de risque, ce qui ferait grimper le baril même avant une fermeture totale effective. Cette hausse se diffuserait rapidement dans l’économie mondiale, car l’énergie irrigue tous les secteurs : transport, production industrielle, agriculture, logistique.
Une telle situation pourrait raviver l’inflation dans les grandes économies et compliquer la tâche des banques centrales, contraintes de maintenir des taux d’intérêt élevés plus longtemps. Pour les pays africains importateurs nets d’énergie, comme le Sénégal, l’impact serait direct et potentiellement brutal.
La facture pétrolière augmenterait, le déficit commercial pourrait se creuser et la pression sur les réserves de change s’accentuer. À cela s’ajouterait une inflation importée, touchant le carburant, les produits alimentaires et les biens de consommation. L’État serait alors confronté à un arbitrage difficile entre laisser les prix augmenter, au risque de tensions sociales, ou accroître les subventions, au risque d’aggraver les déséquilibres budgétaires.
Ce type de choc révèle surtout la vulnérabilité structurelle des économies africaines face aux goulots d’étranglement énergétiques mondiaux. Il renforce l’urgence d’une stratégie de souveraineté énergétique et de diversification des approvisionnements.
Comment analysez-vous la réaction des marchés financiers face à cette crise, et quels risques cela fait-il peser sur les économies africaines déjà fragilisées ?
La réaction des marchés financiers est conforme aux réflexes observés lors des grandes crises géopolitiques. Dès que l’incertitude stratégique augmente, les investisseurs cherchent des actifs considérés comme sûrs, notamment le dollar et les obligations américaines. Cette dynamique entraîne une appréciation du billet vert et une pression sur les devises émergentes. Parallèlement, la hausse des prix de l’énergie ravive les craintes inflationnistes, ce qui entretient la perspective de taux d’intérêt durablement élevés dans les économies avancées.
Pour les économies africaines déjà fragilisées par l’endettement et les chocs extérieurs successifs, cette configuration est particulièrement risquée. Un dollar plus fort renchérit mécaniquement le service de la dette libellée en devises étrangères. L’accès aux marchés internationaux peut devenir plus coûteux, voire temporairement fermé pour certains pays. Dans le même temps, l’inflation importée réduit le pouvoir d’achat et pèse sur la stabilité sociale.
Ce contexte souligne la nécessité pour les pays africains de renforcer leur gestion active de la dette, de développer des marchés financiers domestiques plus profonds et de diversifier leurs sources de financement. La volatilité actuelle rappelle que la stabilité financière dépend de facteurs géopolitiques sur lesquels les États africains ont peu de prise, d’où l’importance d’anticiper plutôt que de subir.
L’Iran était déjà sous sanctions internationales avant l’escalade militaire. Le conflit pourrait entraîner un durcissement supplémentaire des sanctions et un isolement accru du pays sur les plans commercial et financier. Quel impact une intensification des sanctions pourrait-elle avoir sur l’économie iranienne et quelles leçons les pays africains peuvent-ils en tirer ?
Un durcissement des sanctions contre Iran aurait des conséquences macroéconomiques significatives. L’isolement financier tend généralement à affaiblir la monnaie nationale, à alimenter l’inflation et à freiner l’investissement. L’accès restreint aux devises complique les importations de biens essentiels, perturbe les chaînes d’approvisionnement et accentue la pression sur le pouvoir d’achat des ménages. Dans un tel contexte, le chômage peut augmenter et l’économie s’enfoncer dans une dynamique de stagflation, c’est-à-dire un phénomène économique rare combinant une forte inflation, une croissance faible ou nulle (stagnation) et un chômage élevé
L’expérience iranienne montre toutefois qu’un pays sous sanctions peut développer des mécanismes d’adaptation, notamment par la diversification de ses partenaires, le recours à des circuits commerciaux alternatifs et une réorientation partielle de son économie vers des logiques d’autosuffisance. Mais cette résilience a un coût, souvent élevé en termes de croissance et de niveau de vie.
Pour les pays africains, la leçon principale est claire : la dépendance excessive à un nombre limité de partenaires commerciaux, financiers ou technologiques constitue une vulnérabilité stratégique. Dans un monde où les sanctions deviennent un instrument courant des rivalités entre puissances, la souveraineté économique ne relève plus du discours politique, mais d’une nécessité structurelle. Diversification des partenaires, renforcement des capacités productives locales, intégration régionale et anticipation des risques géopolitiques sont désormais des impératifs pour éviter que des décisions prises ailleurs ne déstabilisent durablement les économies africaines. C’est mon intime conviction.
Alors que les bombardements et engagements militaires s’intensifient, certains acteurs internationaux appellent à la désescalade et à des solutions diplomatiques. Quelles initiatives diplomatiques ou mécanismes de médiation pourraient, selon vous, contribuer à désamorcer ce conflit et prévenir une guerre plus large ?
La désescalade dans une confrontation impliquant l’Iran, Israël et les États-Unis passe d’abord par le rétablissement de canaux de communication crédibles. Dans ce type de crise, même lorsque les discours publics sont durs, des médiations discrètes peuvent jouer un rôle déterminant. Des acteurs régionaux qui entretiennent des relations fonctionnelles avec toutes les parties, comme certains États du Golfe, peuvent servir d’intermédiaires pour éviter les erreurs de calcul et contenir l’escalade.
Le Conseil de sécurité des Nations unies conserve une légitimité juridique pour appeler à la retenue et à la protection des routes maritimes stratégiques, notamment le détroit d'Ormuz, dont la stabilité constitue un intérêt mondial partagé. Même si les divisions entre grandes puissances limitent son efficacité, un cadre multilatéral demeure essentiel pour structurer une sortie de crise progressive.
Les acteurs non-alignés et les organisations régionales peuvent également contribuer en portant une voix collective en faveur de la stabilité. L’Union africaine, en particulier, peut défendre le principe du règlement pacifique des différends et rappeler que les conflits entre puissances ont des conséquences économiques directes pour les pays vulnérables. Pour l’Afrique, l’enjeu n’est pas seulement moral, il est stratégique : promouvoir la désescalade, c’est défendre la stabilité énergétique, financière et commerciale dont dépend sa propre sécurité économique. Car, il faut reconnaître qu’avec cette crise la sécurité économique de l'Afrique est actuellement menacée du fait de sa dépendance aux importations.






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