Une offensive coordonnée a frappé simultanément Bamako, Kati et plusieurs villes du nord et du centre du Mali. Le ministre de la Défense est mort. Un deuil national a été décrété. Le chef du renseignement est blessé. Les rebelles touaregs affirment avoir repris Kidal. Le pays traverse l’une des crises sécuritaires les plus graves depuis la prise de pouvoir par les militaires.
Voici ce qu'il faut savoir sur la situation :
Kati frappée au coeur, Sadio Camara tué
Tout commence peu avant l’aube, le samedi 25 avril, vers 5h20 du matin. Un véhicule piégé conduit par un kamikaze explose à proximité de la résidence du ministre de la Défense, le général Sadio Camara, à Kati. La ville garnison, à une dizaine de kilomètres au nord-ouest de Bamako, abrite l’un des principaux camps de l’armée malienne. C’est aussi de là qu’est parti le coup d’État de 2021 qui a porté le général Assimi Goïta au pouvoir. Autrement dit, Kati n’est pas une cible anodine : c’est le coeur militaire et politique du régime.
L’explosion souffle également une mosquée voisine où des fidèles s’apprêtaient à faire la prière du matin. L’imam est blessé. Plusieurs civils périssent dans l’effondrement du bâtiment. Le général Camara, lui, est évacué vers un hôpital dans un état grave. Il succombera à ses blessures. Le lendemain, dimanche 26 avril, le gouvernement de transition confirme officiellement sa mort dans un communiqué lu à la télévision nationale. Son épouse et deux de ses enfants, présents dans la résidence au moment de l’attaque, figurent également parmi les victimes.
Le général Modibo Koné, figure centrale de l’appareil sécuritaire malien et chef des services de renseignement, a lui aussi été touché par des tirs. Admis à la clinique Pasteur de Bamako sous haute surveillance, son établissement a été immédiatement bouclé par un important déploiement militaire. Son état de santé précis n’a pas été officiellement communiqué.
Quant au président de la transition, le général Assimi Goïta, il était toujours absent de la scène publique dans l’après-midi du 26 avril. Selon plusieurs sources concordantes, il aurait été exfiltré de Kati dès le déclenchement des attaques et placé en sécurité par des unités spéciales. Son silence prolongé, dans un moment aussi critique, alimente les interrogations sur la chaîne de commandement.
Une offensive coordonnée rebelles touaregs-djihadistes, du nord au centre
L’attaque de Kati n’est pas un acte isolé. Dans la même matinée du 25 avril, des positions militaires sont simultanément visées à Mopti et Sévaré, au centre du pays, ainsi qu’à Gao et Kidal, dans le nord. Des affrontements intermittents se poursuivent tout au long de la journée et reprennent le lendemain.
La coordination de l’offensive est désormais documentée. À Kati, l’attaque porte la signature du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, le JNIM, branche sahélienne d’al-Qaïda. Dans le nord, le JNIM a agi en partenariat avec le Front de libération de l’Azawad, le FLA, principal mouvement séparatiste touareg. Dans un communiqué diffusé le 25 avril, le FLA assume cette alliance et revendique une opération conjointe contre des positions de l’armée à Gao. Une telle coopération entre jihadistes et rebelles touaregs, deux mouvements aux agendas distincts, constitue un fait nouveau dont la portée reste à mesurer.
Kidal : un revers symbolique pour Bamako
C’est à Kidal que se joue le retournement le plus lourd de sens. Le FLA affirme avoir pris le contrôle de la ville à l’issue d’une offensive menée à l’aube, évoquant quelques poches de résistance composées de soldats maliens et de combattants étrangers retranchés dans des positions fortifiées.
Pour saisir ce que représente Kidal, il faut rappeler le contexte. En 2023, après la dénonciation par Bamako de l’accord de paix d’Alger signé en 2015, l’armée malienne, appuyée par les mercenaires du groupe Wagner, avait repris la ville aux rebelles touaregs. Cette reconquête avait été présentée par les autorités de transition comme une victoire historique, symbole du retour de la souveraineté de l’État sur l’ensemble du territoire. Si le FLA a effectivement repris Kidal, c’est l’ensemble de ce récit qui s’effondre.
L’épisode révèle également les limites du soutien russe. Selon des informations rapportées par le FLA et non démenties à ce stade, un accord a été conclu avec les mercenaires russes présents à Kidal pour qu’ils quittent la ville. Ils auraient été acheminés vers Gao dans un premier temps, en vue d’un éventuel rapatriement vers la Russie, et seraient partis sans armes, condition posée par les rebelles. Un pays voisin du Mali aurait joué un rôle de facilitateur dans cet accord, sans que son identité n’ait été précisée. Il reste trop tôt pour dire si ce départ annonce un retrait plus large des mercenaires russes du territoire malien.
La riposte des autorités
Sur le plan sécuritaire, les autorités ont déployé des barrages sur les principaux axes de Bamako, multiplié les patrouilles militaires et relevé les niveaux d’alerte sur l’ensemble du territoire. Plusieurs couvre-feux ont été instaurés : à Bamako, de 21h à 6h pour 72 heures reconductibles ; à Gao, de 19h30 à 6h jusqu’à nouvel ordre ; et dans la région de Koulikoro, qui couvre Kati, pour une durée de 30 jours.
Dans un communiqué, le porte-parole du gouvernement, le général de brigade Issa Ousmane Coulibaly, a affirmé que la situation était « désormais totalement sous contrôle », faisant état d’un bilan officiel de seize blessés civils et militaires. Un chiffre que beaucoup d’observateurs jugent très en deçà de la réalité, au regard de l’ampleur des événements.
Les réactions internationales
Les condamnations ont afflué de toutes parts. Les États-Unis ont dénoncé une attaque jugée inacceptable et réaffirmé leur soutien au peuple malien. Le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, a alerté sur la progression de l’extrémisme violent dans la région et appelé à une réponse internationale coordonnée. L’Union Africaine a exprimé sa vive préoccupation face à une escalade susceptible de fragiliser davantage la stabilité régionale.
La CEDEAO, dont le Mali n’est plus membre depuis janvier 2025, a néanmoins condamné les violences. L’Union Européenne, par la voix de sa cheffe de la diplomatie Kaja Kallas, a exprimé sa solidarité et réaffirmé son engagement au Sahel. Sur le continent, le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a condamné les attaques avec fermeté, tandis que le Bénin a exprimé sa consternation. Le Japon, par la voie de son ambassade à Bamako, a également apporté son message de soutien.
Tama Media suit l’évolution de la situation en continu.







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