“Africa Fashion up” : la mode africaine portée par une nouvelle génération de créateurs talentueux

C’est une première ! Grâce à l’initiative Africa Fashion Up de Valérie Ka, en partenariat avec de prestigieuses marques comme Balenciaga ou encore Guerlain, cinq ambassadeurs de la mode africaine se sont offerts, du 27 juin au 1er juillet 2024, une prestigieuse vitrine dans l’univers exigeant de la mode. Dans cette interview accordée à Tama Média, la Franco-ivoirienne revient sur son parcours et lève le voile sur les coulisses de ce projet ambitieux.

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De gauche à droite, Ludivine Pont, Chief Marketing Officer chez Balenciaga ; Rich Mnisi, lauréat de la 4e édition, prix “Best Designer Africa Fashion Up” ; et Valérie Ka, Fondatrice de Share Africa et à l’initiative d’Africa Fashion. CR : Alexys Preira Ka

Depuis quatre ans, Africa Fashion Up se positionne comme un rendez-vous incontournable pour la promotion de l’industrie de la mode africaine sur la scène internationale.

En s’associant avec de grandes maisons de couture, la top model Valérie Ka a réalisé l’exploit de faire défiler les mannequins de cinq jeunes créateurs africains. Il en sera ainsi tous les ans à Paris, la « Ville Lumière ».

Cette année, les lauréats des précédentes éditions ont également eu l’opportunité d’exposer et de vendre leurs collections aux Galeries Lafayette Paris Haussmann du 27 juin au 1er juillet 2024. Entretien.

Quel a été votre parcours dans la mode avant la création d’Africa Fashion Up ?

Je suis une Franco-ivoirienne, née à Abidjan. J’ai été découverte à 14 ans par le créateur nigérien Alphadi avec qui j’ai fait le tour de l’Afrique comme égérie. J’ai ensuite intégré l’agence Métropolitain, l’une des plus grosses de Paris. Elle a entre autres découvert Claudia Schiffer.

J’ai défilé pour des grands noms comme Dior, Yves Saint Laurent, Jean-Paul Gauthier, Lacroix, Collé Ardo Sow, Woodin, Gilles Touré, Pathé’o. J’ai été l’égérie de marques de beauté comme L’Oréal et Black Up. Mes défilés m’ont emmenée en Chine, aux États-Unis, partout en Europe. Grâce à cette expérience, j’ai une bonne compréhension des attentes du monde de la mode où le niveau d’exigence est très élevé.

Comment est né le projet Africa Fashion Up ?

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Dans un premier temps, j’ai créé la Fondation Share Africa. C’est une plateforme d’actions et de projets qui vise à développer et renforcer les relations entre la France et l’Afrique, notamment autour de la création, de l’innovation sous toutes ses formes : environnement, société, technologie, économie. L’idée est de mettre en évidence ceux qui entreprennent.

Africa Fashion Up est l’un des programmes de cette fondation qui, chaque année, sélectionne les meilleurs jeunes designers africains pour les faire connaître à l’international. Je lui ai donné ce nom parce qu’à travers lui je veux montrer le meilleur de la mode africaine pendant la Fashion Week à Paris.

Ensuite, j’organise avec mes équipes et mes partenaires dont Balenciaga, Les Galeries Lafayette, Guerlain, pour ne citer que ceux-là, un défilé de mode à Paris, offrant aux lauréats l’opportunité de présenter leurs collections au cœur de la capitale mondiale de la mode.

Pour la toute première fois, en marge du défilé annuel qui s’est tenu au Musée du Quai Branly – Jacques Chirac, le 26 juin dernier, les lauréats des précédentes éditions ont pu exposer et vendre leurs collections aux Galeries Lafayette Paris Haussmann.

Comment avez-vous convaincu de grandes marques comme Guerlain, Balenciaga et les Galeries Lafayette de s’investir dans ce projet et quels sont leurs rôles ?

Ces marques veulent soutenir la diversité et la créativité africaine qui leur parlent beaucoup. Quand je leur ai présenté le projet, ils ont tout de suite saisi son importance et sa dimension pour les jeunes créateurs. Ils étaient déjà très demandeurs d’un évènement qui permettrait de présenter l’excellence de la créativité africaine. La diversité dans la mode en France étant quasi inexistante. Ils étaient alors honorés de m’accompagner dans ce projet.

Chacun apporte sa pierre à l’édifice : de la sélection du lauréat jusqu’au suivi qui en découle. Les lauréats sont directement mis en contact avec les équipes de Balenciaga dès la sélection. Chacun est suivi par un mentor du groupe Kering qui lui donne les codes de la mode occidentale pour la création, le développement et les spécificités techniques attendues.

Les Galeries Lafayette apportent leur expertise de la vente en boutique et leur transmettent les informations sur les cahiers de charges pour des ventes à succès en boutique. La Haute École de Commerce (HEC Paris) les accompagne sur la partie business, de la création d’entreprise à la gestion du marketing et la communication pour leur apprendre à vendre leurs marques. L’Institut Marangoni Paris (couture) leur livre les apprentissages afin de parfaire leurs connaissances de la couture.

Les Galeries Lafayette organisent cette année une vente privée de jeunes créateurs africains des éditions précédentes. Est-ce une nouvelle étape pour la mode africaine ?

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Avoir un partenariat avec les Galeries Lafayette c’est un peu un rêve éveillé. Que cette grande maison reçoive les jeunes créateurs africains, c’est une première pour eux et c’est une opportunité énorme pour moi de pouvoir intégrer ces jeunes. C’est également l’occasion de montrer que les créateurs africains peuvent aussi avoir leur place parmi les marques vendues en Occident.

C’est la reconnaissance de leur créativité et de la qualité de leurs collections. Cette vente aux Galeries Lafayette est une consécration de ce travail que nous faisons depuis trois ans. C’est également un signal fort pour les autres créateurs de la diversité à qui cette première vente va permettre d’ouvrir des portes.

Pendant la vente, les ambassadeurs de la Côte d’Ivoire et de l’Afrique du Sud étaient présents. Ils ont pu voir les lauréats de leurs pays et réaliser que c’est une nouvelle opportunité qui se crée pour les autres créateurs.

Également présent, le président de la Fédération française du prêt-à-porter, Yann Rivoallan, qui a expliqué que dans la période actuelle, il était important de montrer des collaborations réussies entre la France et l’Afrique sur des projets d’une telle envergure.

Quels sont les projets futurs ou les prochaines étapes pour l’Africa Fashion Up et comment espérez-vous qu’ils contribuent à l’essor de la mode africaine ?

L’objectif est de développer encore la visibilité et l’envergure de l’Africa Fashion Up pour donner plus de place à ces jeunes créateurs africains. J’ai également pour ambition d’organiser ce type d’évènements dans des pays africains.

Chaque année, nous recevons environ 250 candidatures de créateurs africains. Mais nous ne pouvons en sélectionner que cinq. Ce serait donc important de pouvoir aller sur le continent pour soutenir le maximum de jeunes créateurs et ainsi participer au développement de cette industrie.

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