Du vendredi 06 au vendredi 13 février 2025, le monde universitaire sénégalais a vécu une semaine mouvementée, entre grèves des étudiants, fermeture des restaurants universitaires, affrontements entre forces de l’ordre et étudiants ayant conduit à la mort tragique d'Abdoulaye Ba, étudiant en 2e année de médecine, fermeture du campus social et suspension des amicales de l'Université Cheikh-Anta-Diop (Ucad) de Dakar. La principale cause de ces vives tensions demeure la suppression des rappels des bourses avec la nouvelle réforme engagée par le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (MESRI). Face à la contestation, les syndicats et les enseignants appellent à un dialogue urgent pour rétablir la paix sur les campus et sauver l’année académique.
Le tournant majeur de la crise universitaire actuelle au Sénégal remonte aux ateliers nationaux des 2 et 3 février 2026 à Dakar, consacrés à la révision du décret n°2014-963 du 12 août 2014 régissant les conditions d’attribution des allocations d’études dans l’enseignement supérieur. Engagée par le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (MESRI), la réforme du système national de bourses est rapidement devenue le principal point de rupture entre les autorités et les étudiants.
Selon Abdou Aziz Guissé, président de la commission sociale de l’amicale des étudiants de la Faculté des Sciences économiques et de gestion (FASEG) et membre du collectif des amicales de l’Université Cheikh Anta Diop (Ucad) de Dakar, les représentants étudiants ont été informés tardivement de la tenue des ateliers. Une convocation reçue 48 heures avant la rencontre, qui a nourri des doutes sur la volonté réelle de dialogue.
Malgré ces réserves, les étudiants disent avoir répondu présents le 2 février « avec l’intention de participer aux discussions et de contribuer à une réforme durable ».
Lors de la rencontre, les autorités ont présenté le projet visant à instaurer une nouvelle politique nationale des allocations d’études, articulée autour de « l’orthodoxie budgétaire » et du « maintien des acquis sociaux ». Parmi les mesures phares, on note l’activation automatique de la bourse dès l’inscription administrative, l’alignement des paiements sur le calendrier académique officiel et surtout la suppression des « rappels ».
La suppression des rappels de bourses au cœur de cette crise universitaire au Sénégal
Le principal point de friction concerne en effet la suppression des rappels de bourses, c’est-à-dire les paiements rétroactifs versés lorsque la validation administrative intervient tardivement. Jusqu’ici, un étudiant dont la bourse était validée plusieurs mois après la rentrée recevait en une seule fois les montants correspondant aux mois écoulés depuis l’ouverture de ses droits.
Avec la réforme, le versement de la bourse ne serait effectif qu’à partir de la date d’activation, sans régularisation des mois précédents. Une mesure perçue comme une perte financière directe pour des étudiants qui ont pourtant suivi les cours durant cette période.
Selon Abdou Aziz Guissé, les représentants étudiants ont découvert, avant même la tenue des ateliers, que cette suppression avait déjà commencé à être appliquée. « Quand nous avons reçu les états de paiement le 30 janvier 2026, nous avons constaté qu’ils avaient déjà commencé à supprimer les rappels, sans pour autant discuter avec nous au préalable », affirme-t-il.
Les étudiants ont alors demandé aux autorités si les arriérés seraient réglés avant l’entrée en vigueur de la réforme. N’ayant pas obtenu de réponse claire de la part des responsables présents qui leur ont proposé d’aller en commission et d’examiner d’abord la réforme, ils ont décidé de quitter la rencontre. Selon eux, discuter de nouvelles règles sans régler les dettes existantes revenait à entériner une injustice.
« Nous leur avons fait savoir que nous ne voulions pas être complices de décisions déjà prises. Cet atelier n’avait pas pour objectif de discuter des réformes, mais simplement d’obtenir notre signature afin de faire croire à la communauté estudiantine que ses représentants avaient participé aux discussions, alors que les réformes relatives aux bourses avaient déjà été décidées avant notre présence », déclare Guissé.
Les contestations ayant conduit au décès de l’étudiant Abdoulaye Ba
Pour le collectif des représentants des étudiants, cet épisode lié au non paiement de certains arriérés de bourses constitue donc l’élément déclencheur des incidents qui ont suivi. En réaction, la Fédération des Amicales Nationales des Universités du Sénégal a décrété des Journées sans tickets (JST) dans toutes les universités publiques du Sénégal afin de contester les conditions dans lesquelles la réforme des bourses devait être adoptée. Ce mouvement (JST) consiste à consommer dans les restaurants universitaires sans procéder au paiement.
Cette décision a conduit à la fermeture des restaurants universitaires dans plusieurs établissements. Les autorités ont qualifié les JST « d’actes de sabotage », estimant qu’elles compromettent gravement les investissements réalisés, dégradent les infrastructures et affectent les ressources financières. Elles ont ainsi précisé qu’« aucune JST ne sera tolérée », conformément aux instructions du ministère de l’Enseignement supérieur.
À l’Ucad, lorsque la Direction du Centre des œuvres universitaires a annoncé la réouverture des restaurants le lundi 9 février 2026, les étudiants ont, dans un communiqué, maintenu leur mot d’ordre de Journées sans tickets « jusqu’à nouvel ordre ».
Afin de maintenir l’ordre, les autorités universitaires ont fait appel aux forces de défense et de sécurité, qui ont pénétré le campus social. Leur présence à l’intérieur de l’enceinte universitaire a suscité l’indignation des étudiants et provoqué des affrontements. Ces violences ont conduit au décès du jeune Abdoulaye Ba, 21 ans, étudiant en deuxième année de médecine dentaire (L2) à la Faculté de médecine, de pharmacie et d’odontologie de l’Ucad.
Un rapport médico-légal accablant
Selon les résultats de l’autopsie réalisée par le laboratoire d’anatomie et de cytologie pathologique de l’Hôpital général Idrissa Pouye de Grand-Yoff, le décès, constaté le 9 février 2026, est « dû à un polytraumatisme sévère », notamment au niveau du thorax et du crâne. En clair, la victime a subi une série de chocs violents ayant provoqué de multiples lésions internes, entraînant « d’importantes hémorragies internes » ainsi qu’une défaillance cardio-respiratoire aiguë.
Le rapport fait état de plaies profondes et linéaires au niveau du lobe pulmonaire inférieur gauche, associées à une importante hémorragie, ainsi que d’un hémothorax homolatéral volumineux (une accumulation de sang dans l’espace situé entre le poumon et la paroi thoracique). L’autopsie fait également état d’une hémorragie sous-durale, c’est-à-dire un saignement au niveau du cerveau consécutif à un traumatisme crânien, ainsi que d’une double fracture de l’arc postérieur et moyen de la dixième côte associée à un embrochage – en d’autres termes la côte a été brisée en deux points et un morceau d’os s’est enfoncé dans les tissus internes.
Violences présumées ou accident ? Le flou persiste sur les circonstances du décès
Plusieurs hypothèses circulent quant aux circonstances du décès, qui demeurent à ce jour non élucidées. Certains étudiants avancent la thèse d’un passage à tabac dans sa chambre par des éléments des forces de l’ordre. D’autres évoquent plutôt une chute accidentelle, tandis que certains parlent d’une crise d’asthme qui lui aurait été fatale.
Cependant, dans un communiqué publié le 14 février 2026, le procureur de la République près le tribunal de grande instance Hors classe de Dakar a indiqué que la Division des investigations criminelles (DIC) a été chargée d’établir les causes et les circonstances du décès du jeune étudiant. Il précise que les investigations sont en cours et qu’à ce stade, les éléments disponibles ne corroborent pas les rumeurs faisant état de violences physiques exercées sur la victime. Une thèse que bon nombre d’étudiants traitent de mensonges.
Le communiqué du procureur n’a pas tardé à provoquer la réaction du Collectif des Médecins, Pharmaciens et Chirurgiens-Dentistes en spécialisation du Sénégal. Dans un communiqué publié le même jour, le collectif déclare : « Dans l’attente d’une clarification des circonstances de ce décès, nous avons pris connaissance d’un communiqué du Procureur de la République (…) Nous rappelons toutefois que les conclusions de l’autopsie ont permis d’écarter l’hypothèse d’une cause naturelle isolée et orientent clairement vers l’existence d’un mécanisme traumatique majeur. Dès lors, une question fondamentale demeure : quelle est l’origine de ce traumatisme ? Nous rejetons catégoriquement toute hypothèse laissant entendre que la victime aurait pu s’infliger elle-même un traumatisme physique mortel. Il est inconcevable qu’un jeune de 20 ans, plein de vie, porteur de l’espoir de toute une famille et engagé dans un parcours exigeant en chirurgie dentaire, ait volontairement causé sa propre mort. »
Face à la gravité des faits et à l’émotion légitime suscitée au sein de la communauté médicale et de l’opinion publique, ils invitent les autorités judiciaires à conduire la suite de l’enquête avec rigueur, justesse et impartialité, afin de faire toute la lumière sur les circonstances exactes de ce décès et d’identifier, le cas échéant, les responsables.
La position du gouvernement : « À ce jour, l’État ne doit aucun arriéré de bourses aux étudiants »
Lors du point de presse gouvernemental du 10 février 2026, le ministre de l’Enseignement supérieur de la Recherche et de l'Innovation, Daouda Ngom, a attribué les contestations ayant conduit au décès d'Abdoulaye à « une incompréhension entre les étudiants et l’administration ». Il a précisé que les tensions étaient liées à l’arrimage du paiement des bourses à la date d’inscription et a affirmé qu’« à ce jour, l’État ne doit aucun arriéré de bourses aux étudiants. »
Une déclaration qui suscite l’indignation du collectif des étudiants boursiers non renouvelés, notamment ceux actuellement inscrits en Master 1, qui réclament le paiement de leurs arriérés. Il s’agit d’étudiants dont la licence, qui devait normalement durer trois (3) ans, s’est prolongée sur quatre (4) ans, et qui n’ont pas perçu leur bourse durant cette quatrième année.
« Nous ne sommes pas contre la réforme, nous contestons la manière dont le MESRI veut l’appliquer »
C’est le cas de Ndella Cama, étudiante en Master 1 à la Faculté des Sciences et Techniques (FST) de l’Ucad, inscrite en licence lors de l’année académique 2021-2022, et dont la licence s’est achevée vers la fin de l’année académique 2024-2025.
« Parmi nous, membres du collectif, il y a des étudiants qui se sont inscrits en même temps que nous et qui ont reçu leur rappel, alors que nous, on ne nous a pas payés. Donc, ils ont payé certains et laissé d'autres en attente alors qu’ils étaient dans la même situation. Aujourd’hui, ils veulent appliquer une réforme qui ne sera pas rétroactive. Cela signifie que nous allons perdre ce qu’ils nous doivent. C'est injuste. »
Elle poursuit : « Nous ne sommes pas contre la réforme, nous contestons la manière dont le MESRI veut l’appliquer. Avant d’engager de nouvelles modalités, il faut d’abord régler les dettes existantes, puis seulement inviter les étudiants à la table de négociation. »
L’étudiante s’interroge également sur la déclaration du ministre : « Il dit que l’État ne doit aucun arriéré. Alors, les 515 000 francs que la direction des bourses a déjà versés à une partie des étudiants membres du collectif qui réclamaient leurs rappels, c’était quoi ? Ils n’ont qu'à nous payer ce qu’ils nous doivent. »
Les arriérés : un différend sur la légalité du paiement
Interpellé sur cette question, un responsable au sein de la Direction des bourses a expliqué, sous couvert d’anonymat, qu'« il n’y a pas d’arriérés, dans la mesure où la notion d’arriéré suppose que l’étudiant soit régulièrement inscrit ou réinscrit ». Selon cette même source, les montants réclamés par certains étudiants en Master 1 ne sauraient être considérés comme dus, puisque « durant la période concernée, ils n’étaient pas réinscrits administrativement ».
Elle précise : « Les étudiants concernés, actuellement en Master, sont en train de recevoir leur bourse. Ce qu’ils réclament correspond à une période durant laquelle ils n’étaient pas encore inscrits, et la Direction des bourses n’a pas de base légale pour payer un étudiant non inscrit. »
Une réforme du calendrier de paiement des bourses aligné sur l’inscription administrative
La source ajoute : « Dans la réforme que nous avons proposée aux étudiants, nous leur avons indiqué que leur paiement commencera dès l’effectivité de leur inscription pédagogique, avec un versement mensuel sur 12 mois. Il faut noter que la direction des bourses paye par année budgétaire. À l'heure où je vous parle, ces étudiants sont dans l’année académique 2024-2025 alors que la direction des bourses est dans l’année budgétaire 2025-2026. Et, en raison du chevauchement des années, une bonne partie de l’année de leur licence 3 a été suivie entre octobre 2024 et mars 2025, alors qu’en temps normal, ils auraient déjà dû être en Master 1. Ils ont terminé leur licence pendant cette période et ont dû attendre la sélection en Master. Après la sélection, ils se sont inscrits, et tout ce processus a pris du temps (pratiquement une année). Pendant ce temps, ils ne pouvaient pas bénéficier de bourses, car ils n’étaient pas encore inscrits en Master 1.»
Une explication que Ndella Cama, membre du collectif des étudiants non renouvelés, peine à concevoir. Elle rappelle que « le gouvernement payait toujours la quatrième année aux étudiants ». Selon elle, les autorités reconnaissaient que le cycle de licence dépassait fréquemment les trois années réglementaires. « Habituellement, l’État versait une année supplémentaire en plus des trois ans de licence. C’est cette quatrième année que nous percevions sous forme de rappel au début du Master », explique-t-elle.
Le montant concerné s’élèverait à 515 000 francs CFA, soit 480 000 francs pour douze mois de bourse et 35 000 francs au titre du trousseau.
Elle ajoute que « d’ailleurs, au mois de novembre 2025, les autorités avaient proposé verbalement aux étudiants de payer les arriérés progressivement. Mais aujourd’hui, il semble qu’ils aient complètement renoncé à ce qu’ils nous avaient promis et veulent tout d’un coup appliquer des réformes sans négociation avec les étudiants. Et ça, ça ne passera pas. »
Les rappels de la quatrième année en Licence 3 : une pratique contestée
De son côté, notre source à la Direction des bourses estime que « l’argument des étudiants repose sur une pratique antérieure, à savoir le paiement habituel d’une quatrième année ». Toutefois, précise-t-elle, « le décret en vigueur ne prévoit pas cette disposition ».
La même source explique que le versement d’un rappel pour une période antérieure, en plus du paiement régulier de la bourse en Master 1, reviendrait à anticiper sur les droits de l’étudiant. « Un étudiant inscrit en Master 1 a droit à deux années de paiement. Si nous lui versons un rappel correspondant à une période antérieure tout en continuant à le payer normalement, il aura consommé l’intégralité de ses droits avant même la fin de son cycle. Il pourrait ensuite se retrouver en Master 2 sans couverture et nous demander le renouvellement de sa bourse », fait-elle valoir.
Cela révèle que l’origine du problème est essentiellement pédagogique, enracinée dans le chevauchement des années universitaires, qui perturbe le rythme normal des inscriptions et le calendrier des paiements de bourses.
Retards et arriérés de bourses : un problème avant tout pédagogique
Selon le directeur des bourses, Jean-Amédé Diatta, depuis le chevauchement des années académiques causé par la Covid-19 et la fermeture de certaines universités à la suite des événements de juin 2023 liés à la condamnation d’Ousmane Sonko alors principal opposant au président Macky Sall, le paiement des bourses et le calendrier universitaire ne sont plus alignés, car les étudiants s’inscrivent presque durant toute l’année, ce qui a des conséquences.
Face à la presse, le mardi 3 février 2025, à l’issue d’un atelier de deux jours consacré à la définition d’une nouvelle politique nationale de bourses d’études et à la révision du décret n° 2014-963 du 12 août 2014 régissant l’attribution des allocations dans l’enseignement supérieur, Jean Amédé Diatta, directeur des Bourses, a déclaré : « La direction des Bourses veillera à ce que le calendrier académique de l’étudiant corresponde au calendrier de paiement. Il ne faut donc pas que les étudiants s’attendent à conserver l’ancien calendrier. Désormais, un étudiant qui s’inscrit en janvier sera payé à partir de ce mois, car c’est à ce moment qu’il devient officiellement étudiant. Le certificat de scolarité prédispose pour le présent et l’avenir, et ne peut pas rétroagir. »
Cette nouvelle orientation, qui exclut toute rétroactivité dans le paiement des bourses, est loin de faire l’unanimité au sein de la communauté universitaire.
La suppression des rappels, dénoncée par les syndicats des enseignants
La suppression des rappels est « profondément injuste », selon Dr Alioune Badara Gueye, enseignant-chercheur au Cesti/Ucad, et chargé de communication de la Coordination du campus de Dakar du Syndicat autonome de l’enseignement supérieur (SAES). « Les étudiants ne sont pas responsables du chevauchement des années académiques, principale cause des retards. Leur faire supporter les conséquences de dysfonctionnements institutionnels revient à déplacer le problème au lieu de le résoudre. La priorité devrait être la normalisation du calendrier académique. C’est le désordre structurel qui produit ces retards ; sans stabilisation durable, toute réforme restera superficielle », estime t-il.
Il rappelle que : « le chevauchement des années académiques, les tensions budgétaires et les retards structurels ont empêché une mise en œuvre strictement conforme du Décret n° 2014-963 du 12 août 2014. Dans ce contexte, les différents gouvernements sous la présidence de Macky Sall ont souvent privilégié une gestion pragmatique, fondée sur la compréhension d’une situation complexe, plutôt qu’une lecture littérale et rigide du décret. C’est précisément cette application partielle qui s’inscrit entre norme juridique et ajustements conjoncturels qui nourrit aujourd’hui le débat. La réforme envisagée par le ministère vise officiellement à corriger ces insuffisances, mais elle ne peut ignorer le fait que les dysfonctionnements sont d’abord systémiques avant d’être simplement réglementaires. »
Le SUDES-ESR (Syndicat Unitaire et Démocratique des Enseignants du Sénégal-Enseignement Supérieur et Recherche), section de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, abonde dans le même sens, et pointe la cause profonde de la crise universitaire : le non-paiement des arriérés de bourses. Dans un communiqué en date du 13 février 2026, le syndicat appelle le gouvernement « à agir avec humanité et lucidité en procédant au paiement de ce dû, un geste de responsabilité indispensable pour apaiser les tensions et recréer un climat de confiance, nécessaire pour sauver l’année académique ».
Nos tentatives de joindre le ministère de l’Enseignement Supérieur – afin de savoir si des mesures ont été prises par le MESRI pour accompagner la suppression des rappels, notamment des dispositions concrètes visant à gérer le chevauchement des années académiques et à garantir un alignement de l’année universitaire avec le calendrier académique officiel – sont restées vaines.
« La sortie de cette crise doit allier rigueur, négociation et bonne volonté »
Interrogé sur la crise actuelle du système universitaire et la question des bourses, le Pr Ousmane Sène, directeur du West African Research Center (WARC) et ancien chef du département d’anglais de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, appelle les autorités à trouver une solution équilibrée, à la fois soutenable pour les finances publiques et socialement acceptable.
« Il ne faudrait pas qu’en voulant soulager la situation, l’État se retrouve devant un fardeau qu’il ne peut pas gérer. Parce qu’un fardeau que vous ne pouvez pas gérer, vous ne le porterez jamais. Et ce fardeau restera sur terre tant qu’il sera ingérable », avertit-il.
Pr Sène rappelle que les milliards investis chaque année dans l’enseignement supérieur ne représentent pas une dépense ordinaire, mais un investissement stratégique. « L’investissement, c’est ce qui donne des résultats plus tard », explique-t-il, soulignant que les étudiants d’aujourd’hui constituent la relève professionnelle et politique de demain. À ses yeux, préserver l’université, c’est préserver l’avenir du pays.
L’universitaire plaide ainsi pour un retour aux fondamentaux en restaurant la paix sur les campus et en remettant l’institution universitaire au service exclusif de la recherche et de l’apprentissage. Selon lui, l’université ne peut remplir sa mission dans un climat de « grabuge » et de « tintamarre ». « On ne peut ni apprendre ni réfléchir profondément lorsqu’il y a du bruit et des perturbations permanentes », souligne-t-il. Pour le chercheur, la première urgence consiste à « pacifier l’espace universitaire » afin de recréer un environnement propice aux enseignements, à la concentration et à la production scientifique.
Le Professeur Sène insiste également sur la nécessité de revenir à « l’idéal de l’université comme espace de paix et de sagesse ». Cela passe, avance-t-il, par le respect strict du calendrier académique : ouverture et fermeture des campus à des périodes précises, démarrage et fin des cours à des dates établies, organisation des évaluations dans les délais prévus. « Il faut revenir à cette orthodoxie », plaide-t-il. Car pour lui, la prévisibilité et la rigueur constituent les bases d’un système universitaire stable.
Mais la sortie de crise ne saurait être uniquement organisationnelle. Elle doit aussi être politique et sociale. L’universitaire appelle à une négociation franche entre étudiants et pouvoirs publics. « Les étudiants doivent accepter de discuter, et les autorités doivent mettre sur la table des propositions susceptibles de rencontrer l’adhésion des étudiants, sans pour autant crever le budget national », avance-t-il. Pour lui, seule la discussion sincère, nourrie de bonne volonté et de confiance réciproque, peut permettre d’aboutir à un compromis durable.
Suspension des amicales : un nouveau chapitre de cette crise universitaire au Sénégal
L’épisode de la crise universitaire à l’Université Cheikh Anta Diop (Ucad) de Dakar semble loin d’être terminé. À l’issue d’une réunion d’urgence tenue le mercredi 11 février 2026, le conseil académique de l’université a décidé de suspendre, à titre conservatoire et jusqu’à nouvel ordre, les amicales d’étudiants.
Face à cette décision, le Collectif des amicales de l’Ucad est monté au créneau le 12 février, dénonçant une mesure « irresponsable et autoritaire ». Dans un communiqué rendu public le jeudi 13 février, le collectif estime que cette suspension a pour objectif de « faire taire les revendications estudiantines et d’étouffer la voix des étudiants pour faire passer des réformes qui sapent les acquis de la communauté estudiantine ».
Le collectif bénéficie du soutien des syndicats d’enseignants, qui se sont exprimés le 13 février. Dans un communiqué, le SUDES-ESR (section Ucad) dénonce fermement la suspension des amicales, qu’il qualifie de « liberticide » et de « contre-productive ».
« Comment les autorités entendent-elles mener des concertations pour une sortie de crise durable si elles se privent délibérément des interlocuteurs légitimes que sont les amicales ? Leur suspension revient à couper le dialogue avec les principaux concernés », avertit le syndicat, qui exige le rétablissement immédiat des activités des amicales.
De son côté, la Coordination du SAES de Dakar regrette également la décision du conseil académique. Elle estime que cette décision « crée un vide institutionnel affaiblissant les mécanismes de représentation étudiante ». Les enseignants insistent sur le fait qu’un « dialogue structuré suppose des interlocuteurs identifiés, légitimes et reconnus », et appellent à la levée immédiate de la suspension.
Le feuilleton de la crise universitaire au Sénégal n’a pas encore livré son dernier acte et continue de se dérouler, multipliant les rebondissements au fil des scènes.







Commentaires (0)
Veuillez vous connecter pour laisser un commentaire.
Soyez le premier à commenter !