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En RD Congo, l’incertitude dans l’attente des résultats d’une si longue élection

Par Tama Média
Dec 27, 2023
7 min

Les 20 et 21 décembre 2023, environ 44 millions de Congolais étaient appelés aux urnes pour élire leur chef de l’État, leurs députés nationaux et provinciaux ainsi que leurs conseillers communaux. Mais la tension monte au moment où la Commission électorale nationale indépendante (Céni) publie au compte-goutte les premières tendances de la Présidentielle. Si l’organisme rassure quant aux caractères libre, transparent et crédible des élections générales, l’opposition conteste déjà les résultats partiels de ces scrutins qu’elle juge « chaotiques ».

rdc elections resultats

Retard dans le déploiement de matériels, dans l’ouverture des bureaux de vote, machines à voter capricieuses, cartes d’électeurs illisibles, omission de noms sur les listes, interminables queues dans les centres de vote…, les récentes élections générales en République Démocratique du Congo (RDC), plus vaste territoire de l’Afrique subsaharienne avec ses 2,3 millions de km2, ont été émaillées de nombreux incidents.


Par Trésor Mutombo


DRC vote

« Je suis là depuis 7 heures. Il est presque midi à ma montre. Les opérations de vote n’ont pas encore débuté. J’attends toujours », s’est plainte une électrice âgée d’une soixantaine d’années et vêtue d’une robe en pagne. En principe, tout devait se dérouler entre 6 heures et 17 heures (heure locale).

Dans le centre Crème de Leaders, situé à Ngiri-Ngiri, une commune de la capitale Kinshasa, les bureaux ont finalement été ouverts à 13 heures. Résultat, le vote s’est poursuivi jusque très tard dans la nuit. Une rallonge pour permettre à tous ceux qui le souhaitaient d’accomplir leur devoir civique.

En Ituri, dans l’Est du pays, un centre de vote a été saccagé par des déplacés de guerre. « Ce sont des compatriotes qui vivent dans des conditions difficiles. Ils se sont sentis exclus de la société. Mais le processus a par la suite repris son cours normal », a expliqué Peter Kazadi, ministre congolais de l’Intérieur, de la Sécurité et des Affaires coutumières.

Climat politique tendu

Le 20 décembre dans la soirée, Martin Fayulu, Docteur Denis Mukwege et d’autres candidats de l’opposition à l’élection présidentielle ont, dans une déclaration commune, fustigé des « élections chaotiques » et demandé la tenue de nouveaux scrutins avec au préalable des changements dans la composition de la Commission électorale nationale indépendante (Céni).

Ensemble pour la République de Moïse Katumbi a déploré plusieurs irrégularités le jour du vote. Par la voix de Christian Mwando, ce parti a rué dans les brancards : « Le processus électoral se termine dans la confusion la plus totale. Nous n’accepterons pas des résultats frauduleux et nous appelons Denis Kadima, le président de la Céni, à respecter son engagement d’organiser des élections libres, transparentes et crédibles ».

L’opposition durcit le ton. Malgré sa division, avec 22 candidatures, elle reste déterminée à barrer la route au président sortant Félix Tshisekedi dans sa quête d’un second mandat. Même le Front Commun pour le Congo (FCC), la coalition de l’ancien président Joseph Kabila ayant pourtant boycotté cette échéance, est sorti de son mutisme. En effet, il a tenu le président Tshisekedi pour « seul responsable » de ce « chaos électoral » avant d’appeler « ses cadres et militants à se tenir prêts pour des actions à venir ». 

Porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya a quant à lui fait part de sa satisfaction parce que « les élections ne se sont pas tenues dans la violence et dans l’exclusion comme l’espéraient certains. Elles ont plutôt eu lieu dans la sérénité », a-t-il déclaré à la presse. En outre, M. Muyaya a affirmé que l’opposition exécute le plan qu’elle a planifié depuis belle lurette, non sans considérer que « le peuple congolais a, une fois de plus, prouvé sa maturité politique en élisant librement ses dirigeants ».

Problèmes logistiques

En RD Congo, l’incertitude dans l’attente des résultats d’une si longue élection

La République Démocratique du Congo est grande comme quatre fois la France. Son sous-sol est l’un des plus riches au monde : cobalt, nickel, étain, diamant, cuivre… Paradoxalement, l’ex-Zaïre manque de tout. À la veille de ces élections, le gouvernement a reçu un appui logistique de l’Égypte et du Congo voisin. C’est dire.

« Toutes les parties prenantes au processus électoral étaient au courant des difficultés de la Céni sur le plan logistique. La démarche de la Céni est contraire à celle des acteurs politiques. Ces derniers ne poursuivent que leurs intérêts. Quand ils n’y arrivent pas, ils cherchent le trouble. Lorsqu’on regarde les statistiques, il y a une amélioration en termes de participation. La communauté internationale a ainsi salué la volonté de la population et les efforts d’organisation de cette élection », a nuancé le journaliste Edmond Izuba, analyste politique.

« La Céni a organisé de bonnes élections car elle était en face d’une population décidée à y veiller. Devant les bureaux de vote, les gens ont refusé de partir. Histoire de lutter contre la fraude ou le bourrage d’urnes. Certains ont attendu jusqu’à 23 heures pour sacrifier à la tradition. D’autres ont passé la nuit dans leurs centres de vote pour ne pas rater ce rendez-vous  », a ajouté M. Izuba.

Soupçons d’irrégularités

En RD Congo, l’incertitude dans l’attente des résultats d’une si longue élection

Dans ce méli-mélo, la mission d’observation de la Conférence épiscopale du Congo (Cenco) et l’Église du Christ au Congo (ECC), deux des plus puissantes organisations religieuses du pays, ont fait état d’irrégularités dans leur rapport.

Selon les termes de ce document, la Céni a installé des centres de vote dans des académies militaires et dans des quartiers généraux de partis politiques. Ce qui est interdit par la loi. Des allégations niées en bloc par l’organisme chargé d’organiser les élections.

« Il faut dire où cela s’est passé si tant est que c’est vrai. Il faut que ces missions d’observation nous apportent des preuves. Pour l’enrôlement des électeurs et le vote, nous avons ciblé les écoles, les centres de santé et les dispensaires », a répondu Didier Manara, vice-président de la Céni.

La mission d’observation de l’Union Africaine (UA) a noté une atmosphère relativement calme. Partant de là, elle a invité « les parties prenantes à la retenue et à privilégier le dialogue politique inclusif ». À ce stade du dépouillement, à en croire la Céni, Félix Tshisekedi est en avance sur ses adversaires pour la Présidentielle à un seul tour. Loin devant Moïse Katumbi, l’un de ses principaux challengers. Dans la diaspora, le président sortant a remporté le scrutin organisé pour la première fois en Belgique, en France, au Canada, aux États-Unis et en Afrique du Sud.

« Cela apparaît comme le reflet de la suite des résultats. Je crois que c’est un indicateur majeur du vote des Congolais de l’intérieur », a indiqué Jacquemain Shabani, directeur de campagne de Félix Tshisekedi. En tout cas, le nom du grand gagnant doit être connu ce 31 décembre.