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L’Algérie et les Brics : la douche froide

Par Ali Boukhlef
Aug 28, 2023
7 min

L’Algérie ne rejoindra pas cette année les cinq pays qui composent les Brics. Le pays a été recalé, laissant amers le président et son gouvernement qui avaient déployé ces derniers mois de gros moyens diplomatiques pour obtenir une adhésion à ce bloc économique et politique qui milite pour « un nouvel ordre mondial ».

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Oui pour l’Argentine, l’Égypte, l’Arabie saoudite, l’Éthiopie, l’Iran et les Émirats arabes unis. Mais non pour l’Algérie. La liste des candidats retenus pour une adhésion aux Brics a été rendue publique le 24 août dernier, à l’occasion du 15esommet des Brics qui s’est tenu à Johannesbourg, en Afrique du Sud.

« Nous prenons acte ». C’est par cette simple formule que le ministre algérien des Finances Laaziz Faïd a répondu à la non sélection de son pays parmi les nouveaux membres des Brics, ce groupe de pays composé du Brésil, de la Russie, de l’Inde, de la Chine et de l’Afrique du Sud et qui ambitionne de créer un nouvel ordre mondial.

De statut de favori à la douche froide 

Jusqu’au jeudi 24 août, l’Algérie figurait parmi les « favoris » qui devaient renforcer ce groupe des Brics. Pour cela, les autorités ont déployé de gros moyens diplomatiques pour convaincre les deux grandes puissances de ce groupe, à savoir la Chine et la Russie, de la nécessité de les aider afin de faire partie du « premier gotha des nations émergentes ». 

La campagne de lobbying du président Abdelmadjid Tebboune

L’Algérie ne rejoindra pas cette année les cinq pays qui composent les Brics. Le pays a été recalé, laissant amers le président et son gouvernement qui avaient déployé ces derniers mois de gros moyens diplomatiques pour obtenir une adhésion à ce bloc économique et politique qui milite pour « un nouvel ordre mondial »

Le président Abdelmadjid Tebboune a effectué deux visites d’État en Russie et en Chine. À Moscou tout comme à Pékin, le président algérien a souligné le soutien des deux géants à l’adhésion de son pays aux Brics. Quelques mois auparavant, il avait même annoncé que « l’année 2023 » allait être « clôturée avec l’adhésion de l’Algérie aux Brics ».

Dès lors, les médias algériens ont commencé à organiser des débats et à faire de cette éventualité un programme du gouvernement. Personne n’a imaginé que malgré la présence de deux grands « amis » au sein des Brics, le résultat n’était pas forcément garanti. Même pas lorsque Abdelmadjid Tebboune, en personne,  a commencé à douter et à revoir ses ambitions à la baisse.

En juillet, il a estimé que l’Algérie pouvait se contenter d’un rôle d’observateur. « Beaucoup de travail reste à faire cette année pour augmenter le PIB et le taux de contribution du secteur industriel au PIB, ainsi que plusieurs indicateurs économiques que nous devons réformer davantage pour accéder la tête haute aux Brics », avait concédé le chef de l’État.

Néanmoins, le pays espérait une heureuse surprise mais ce fut la douche froide à l’annonce des résultats.

Le ministre des Finances, Laaziz Faïd, a déclaré, à Johannesburg où il représentait son pays, que l’Algérie « a pris acte de la décision annoncée par les dirigeants des Brics, invitant six nouveaux pays à rejoindre le groupe en tant que première étape, avec la perspective d’ouvrir la voie à d’autres pays dans un avenir proche ».

Il rappelle néanmoins que son pays partageait « les positions des Brics » sur la nécessité de bâtir un « ordre mondial juste et multipolaire basé sur le respect mutuel ». Pour lui, l’Algérie devait à long terme faire partie de ce conglomérat puisque son économie est « diversifiée » et est en « croissance grâce à une jeunesse créative et à des ressources naturelles abondantes ». 

Pourquoi l’Algérie n’a pas été admise ? Un véto de l’Inde  mais pas que ?

La question qui revient sur toutes les lèvres est celle des critères ayant présidé au choix des six nouveaux pays admis au sein des Brics. Sur le plan économique, beaucoup n’ont pas compris pourquoi la première économie du continent noir (le Nigeria) et la quatrième (l’Algérie) n’ont pas été choisies, contrairement à l’Éthiopie (sixième économie d’Afrique). 

Pour le politologue Hasni Abidi, directeur du Centre de recherches sur le monde arabe et méditerranéen de Genève (Suisse), « les conditions d’adhésion au groupe Brics 2023 sont ambiguës et le groupe entretient cette ambiguïté ». Il estime que contrairement aux idées reçues, « le critère économique n’est pas le seul élément pour retenir une candidature ».

Il en veut pour preuve que deux grandes économies, que sont l’Indonésie et le Nigeria, n’ont pas été admises. Il affirme que le choix s’est fait par consensus des cinq membres des Brics et que la possession de matières premières, la position géostratégique et d’autres critères ont justifié ces choix.
Concernant le refus du dossier de l’Algérie, il le lie à l’absence de la diversification de l’économie du pays et surtout cette exigence des Brics que chaque pays membre puisse « tenir un discours de vérité » sur le multilatéralisme et le défendre.

Réaction de l’opposition : « cet échec pour réfléchir sur notre réalité » 

Si les soutiens du gouvernement n’ont pas pris position et leurs médias ont quasiment ignoré l’annonce de l’adhésion de six nouveaux pays aux Brics, des partis politiques et des personnalités de l’opposition ont mis cet échec sur le dos des autorités. 

Le président de Jil Jadid (nouvelle génération, opposition modérée), Sofiane Djillali, a ainsi estimé que face à ce « retour au réel », il serait « impertinent de chercher la responsabilité de notre échec dans une mauvaise volonté ou, pire, dans une hostilité particulière à notre encontre, chez l’un des 5 membres fondateurs de l’alliance. » « Notre faiblesse économique dramatique est de notre faute. La nature a doté l’Algérie de tous les moyens, malheureusement, il y a une incapacité à les rentabiliser », a-t-il noté.

En même temps, il propose de prendre avec « philosophie et courage cet échec pour réfléchir sur notre réalité et se décider enfin à construire, par le travail, l’effort et l’intelligence, notre Algérie pour laquelle trop de sacrifices ont été dilapidés au nom des illusions ». « Nous jugeons (…) qu’il est urgent de reconsidérer notre vision des choix diplomatiques qui doivent guider notre pays en fonction de nos relations économiques », a écrit le chef du RCD (Rassemblement pour la Culture et la Démocratie, opposition laïque) sur sa page Facebook.

Il a fait allusion au manque de soutien de la Russie et de la Chine, pourtant présentées comme deux « grands amis » de l’Algérie, même si les votes des cinq membres initiaux des Brics ne sont pas connus avec exactitude. Seul le veto de l’Inde est acté. 

Pour tenter de faire bonne figure, on parle déjà d’une nouvelle candidature à l’avenir. « Après tout, les six nouveaux admis ont déposé leurs dossiers depuis plus de 5 ans. Or, l’Algérie vient tout juste de le faire », a écrit Mohamed Ouanezar, journaliste francophone. 

Ali Boukhlef

By Ali Boukhlef

Correspondant à Alger, Algérie