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« Le secteur privé doit prendre le relai pour le développement de l’Afrique », Etienne Giros, Président du CIAN

Par Ambre Delcroix
Apr 20, 2023
5 min

Alors que l’aide internationale au développement, les prêts de la Chine, les accès aux marchés financiers ont chuté simultanément, sur fond de pandémie et de guerre en Ukraine, le Conseil des Investisseurs français en Afrique se réunissait le 18 avril pour échanger sur les besoins et opportunités du continent. Etienne Giros, Président du CIAN, également président de l’EBCAM (European Business Council for Africa – Conseil d’affaire européen pour l’Afrique) depuis juin 2018 et ancien du groupe CFAO, répond à nos questions à l’occasion du forum.

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À gauche, Etienne Giros, Président du CIAN, interviewé par Ambre Delcroix

Pouvez-vous nous présenter le CIAN en quelques mots ?

Le CIAN, est association loi 1901 fondée en 1979. C’est une organisation patronale privée française qui rassemble les entreprises industrielles et de services, grands groupes ou PME-PMI, investies en Afrique. Ses sociétés membres génèrent ensemble près de 80% de l’activité économique française en Afrique. Grâce à un réseau influent et une expertise africaine reconnus, nous apportons à nos membres un soutien et des solutions pragmatiques, sur un marché africain porteur mais complexe à appréhender.

Le CIAN entretient des relations étroites avec les pouvoirs publics et organismes économiques et professionnels représentatifs en France, en Afrique et au niveau international. Depuis sa création, le CIAN encourage ses adhérents, dans le cadre de leurs responsabilités sociétales, à œuvrer pour que l’Afrique s’engage durablement sur la voie du développement. 

Le Directeur Afrique du Fond Monétaire International a déclaré le 14 avril 2023 que pour le développement de l’Afrique, il faudrait un relai du secteur privé, quel est votre avis ?

Je valide totalement ce propos ! Ce sont les entreprises qui créent les emplois, paient les impôts, font les investissements, rendent les services qu’attendent les populations, qui produisent les biens. Ce n’est pas l’État. Bien entendu, l’État est nécessaire comme régulateur, pour donner une impulsion, donner des visions stratégiques, pour aider au financement, pour fixer les règles du jeu, faire les arbitrages mais ce n’est pas l’État qui fabrique les aliments pour nourrir les populations, les routes ou les ponts.
Le secteur privé peut prendre le relais dans un but profitable, en créant des bénéfices ou dans un partenariat public-privé qui travaille avec l’État. L’entreprise est absolument nécessaire.

Au CIAN, nous pensons que l’Aide Publique au Développement devrait travailler plus intiment avec le secteur privé pour aller chercher des projets que le secteur privé ou les entreprises ont dans leurs tiroirs parce qu’il ya une inventivité et un désir de réussite et d’accomplissement très fort dans les entreprises.

Comment pensez-vous convaincre les entreprises Françaises d’investir plus en Afrique ?

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Forum Afrique coorganisé par le CIAN et le journal l’Opinion à Paris, le 18 avril 2023. Crédits : L’Opinion

Il faut effectivement convaincre les entreprises françaises d’investir plus en Afrique et c’est notre objectif ! Une journée comme aujourd’hui, avec ce forum CIAN-l’Opinion contribue à cela. Plus de mille sept cent personnes étaient inscrites, c’est énorme ! Parmi les personnes présentes, il y avait une symbiose visible entre les français et les africains mais également entre le secteur public et privé. Les pays à l’honneur étaient le Niger et le Congo et de nombreux ministres ont fait le déplacement. On sentait une envie de France de la part de l’Afrique. Pas une envie de France sous forme de domination ou d’aide, mais plutôt l’envie d’une France partenaire. Il faut que les entreprises du secteur privé en France aient exactement cette même envie pour aller investir en Afrique. Plusieurs éléments gênent et freinent les entreprises françaises dans cet élan.

Le premier obstacle, c’est l’aversion au risque. Certaines entreprises pensent qu’il est risqué d’investir en Afrique. Aujourd’hui pendant le forum, nous avons voulu démontrer qu’il n’en est rien, puisque les bénéfices, les résultats, les business positifs sont là. Il est possible de gagner convenablement sa vie et réussir en Afrique. Ce n’est pas un long fleuve tranquille mais il faut simplement bien s’y connaître. Il faut ensuite convaincre les entreprises de la crainte qu’elles peuvent avoir de l’adversité, de cette vision France-Afrique qui peut exister en France. Ceux qui ne croient pas en l’Afrique en France créent une atmosphère peu positive. Il ne faut pas mettre en avant que les difficultés, il faut aussi valoriser les opportunités.

Il existe également une crainte liée aux réseaux sociaux. Certaines entreprises ont peur de se faire attaquer, d’avoir un risque réputationnel, de faire face à des adversaires parfois manipulés par des intérêts étrangers. C’est un point bloquant sur lequel il faut également convaincre les entreprises.

Mais de manière globale, il n’est plus nécessaire de le rappeler, aujourd’hui les entreprises en ont conscience, l’Afrique est le marché de demain. Ce n’est pas dans quinze ou vingt ans qu’il faudra y investir. Les entreprises Françaises doivent y aller maintenant, ensuite, les places seront vite prises.