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Mali : Iyad Ag Ghali, une réapparition pour quel message ?

Par Sagaïdou Bilal
Jan 26, 2023
4 min
Iya ag Ghali image de propagande
Iyad Ag Ghali – Image de propagande

Dans une courte vidéo publiée le 23 janvier par le média de propagande du GSIM, AZ-ZALLAQA, le chef du groupe Iyad Ag Ghali donne de ses nouvelles. Cette nouvelle réapparition est interprétée comme un message à l’endroit du groupe rival l’État islamique au Grand Sahara, mais aussi au pouvoir de Bamako.

Sur les images : Iyad Ag Ghali, enturbanné, entouré d’individus présentés comme des dignitaires de la communauté Daoussad, qui lui prêteraient allégeance. Ces images seraient récemment prises aux alentours de Ménaka, localité située au Nord-Mali, et en proie à l’insécurité.

« De source humaine, les photos ont été prises le 6 janvier. Le lieu est en revanche moins précis, mais il s’agit bien de la zone autour de Ménaka », explique à nos confrères du Monde Héni Nsaibia, chercheur sur le djihadisme au Sahel au sein de l’Armed Conflict Location and Event Data Project (Acled).

Message à l’EIGS et à Bamako ?

Pour rappel, Iyad Ag Ghali est le fondateur d’Ansar Dine créé en 2011. Il est considéré aujourd’hui comme le chef ou l’émir du JNIM (en français GSIM, Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans). Originaire de la région de Kidal, au Nord-Mali, il avait participé aux rébellions des années 1990. En 2012, il avait noué des alliances avec les mouvements rebelles opposés au pouvoir de Bamako (comme le MNLA) et avec AQMI. Avec cette nouvelle réapparition, la première depuis le 20 octobre 2020 suite à la libération d’otages dont le défunt politique Soumaïla Cissé, les services de propagande du chef du JNIM entendent faire passer un message, à en croire certains observateurs des questions sécuritaires. Un message qui serait à la fois adressé à ses rivaux du groupe État islamique au Grand Sahara [EIGS) et ensuite au pouvoir de Bamako.

Affrontements dans la région de Ménaka entre les hommes de Iyad Ag Ghali et l’EIGS

Dans la région de Ménaka, le dernier rapport trimestriel de la Minusma, publié le 6 janvier 2023, indique que “l’EIGS continue d’exercer une influence sur trois des quatre cercles de la région”. Sur la période du 27 octobre et au 4 novembre 2022, la mission onusienne fait savoir qu’elle a reçu “des informations faisant état d’affrontements entre le JNIM et l’EIGS” notamment dans les localités de Tamalelt, du district d’Anderamboukane, et de Tinteshori, à 40 kilomètres au sud de Ménaka, provoquant des déplacements massifs de populations. C’est dans ce contexte que les images du chef djihadiste sont diffusées. Selon plusieurs observateurs, à travers cette réapparition, Iyad Ag Ghali veut montrer tout d’abord qu’il n’est pas mort mais au contraire qu’il reste un émir influent dans la région, au moment où l’État islamique au Grand Sahara [EIGS) fait aussi beaucoup parler de lui.

Les images de la réapparition du fondateur d’Ansar Dine semblent être un message de défiance aussi envoyé aux autorités maliennes et leurs alliés engagés dans la lutte contre les djihadistes pour dire que son groupe contrôle bel et bien des zones entières dans le nord du pays. L’état-major malien communique régulièrement sur ses offensives ainsi que les nouvelles acquisitions d’équipements militaires. Dans son discours du 20 janvier, à l’occasion du soixante-deuxième anniversaire de l’armée malienne, le président de la transition, le colonel Assimi Goïta, a salué “l’engagement des FAMas [Forces armées maliennes] et la bravoure des soldats durant l’année écoulée”. Mais malgré les efforts déployés par l’armée malienne et ses partenaires de la Minusma, la région de Ménaka reste parmi les localités les plus touchées par l’activisme des groupes djihadistes où ils s’affrontent depuis plusieurs mois.