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Omar Sy sur la trace des Tirailleurs

Par Fatoumata Bakily
Dec 19, 2022
5 min
Omar Sy Tirailleurs

Le premier long métrage du réalisateur français Mathieu Vadepied met à l’honneur les tirailleurs africains noirs qui ont servi sous le drapeau français durant la première guerre mondiale (1914-1918). Un fait historique abordé, sans acrimonie, à travers une fiction inspirée de faits réels qui interroge en creux le spectateur sur la violence de cet enrôlement forcé et ses lourdes conséquences sur ces hommes et leurs familles. Nous avons assisté à une avant-première en présence du réalisateur et de son acteur principal, Omar Sy.

C’est une histoire douloureuse servie par un beau récit. Celle de Bakary Diallo, jouée par l’acteur français Omar Sy. Berger sénégalais de l’ethnie peul, il mène une vie paisible dans son village avec sa femme, sa petite fille et son fils aîné, Thierno. Son quotidien va être bouleversé par l’arrivée brutale de l’armée française. Nous sommes en 1917, la guerre fait rage sur le continent européen. Pour renforcer ses troupes et pallier aux nombreux soldats français morts sur le champ de bataille, la France mène des rafles dans ses colonies africaines: les jeunes hommes sont kidnappés puis enrôlés de force. Thierno, interprété par l’acteur français Alassane Diong, va être à son tour capturé. Son père décide de se porter volontaire et part au front avec la ferme intention de ramener son fils au pays. À travers cette histoire fictive mais inspirée de faits réels, Mathieu Vadepied et Omar Sy (coproducteur du film), abordent un pan de l’histoire de France peu visité par le cinéma français: celle des tirailleurs noirs engagés sur le front, aux côtés des poilus de la Grande guerre. Un fait historique qu’il était nécessaire de rappeler souligne Omar Sy lors de l’avant-première du film diffusée mi décembre en région parisienne. “Les tirailleurs sont souvent associés à la deuxième guerre mondiale,  pas forcément à la première. Le film raconte toutes les mémoires de notre histoire commune” explique t-il avant d’ajouter “Il est important de raconter cette histoire avec toutes ses mémoires.”

”Tirailleurs n’est pas un film politique mais un film civique.”

L’histoire de la France s’est en effet écrite avec le sang de cette armée noire dont les soldats sont communément appelés les “tirailleurs sénégalais”. 200 000 d’entre eux, originaires du Sénégal, du Mali, de Côte d’Ivoire ou encore de Mauritanie, auraient été enrôlés dans les  forces françaises, près d’un quart sont morts ou disparus. Et si le soldat inconnu, dont la tombe est honorée tous les ans en France, était l’un d’entre eux ? La question a traversé Omar Sy et l’a notamment convaincue d’accepter le rôle principal. Le scénario l’envisage et met en lumière le destin de ces hommes sans aucune animosité ni parti-pris envers la France. ”Tirailleurs n’est pas un film politique mais un film civique.” précise Omar Sy. C’est peut-être là, la force de cette œuvre: permettre au spectateur de s’interroger sans à priori. C’est aussi une manière de tordre le cou aux esprits critiques qui verraient dans ce film un pamphlet contre la France. Il n’en est rien. Pendant une heure quarante, le spectateur est pris au cœur de cette fiction qui permet à chacun de se rendre compte du quotidien de ces soldats (camaraderie, vols, rackets,…) mais surtout de la douleur de ces hommes arrachés à leurs familles et de la mort, omniprésente dans les tranchées. Les deux héros vont d’ailleurs parfaitement illustrer ce déracinement: le père, fervent musulman va s’armer de sa foi et de son espoir de rentrer avec son fils au pays. Le fils va prendre du galon, s’émanciper du père et va au contraire peu à peu se laisser happer par la violence de cette guerre.

Diversité des langues parlées par les tirailleurs sénégalais

Tirailleurs met également en exergue la diversité des langues parlées par ces tirailleurs (wolof, bambara, ou encore soninké). Mathieu Vadepied a fait le choix osé de tourner le film dans deux langues: le français et le peul avec le personnage de Bakary Diallo qui ne s’exprime que dans sa langue maternelle (qui est aussi dans la vraie vie celle d’Omar Sy dont les parents sont originaires du Sénégal). Une manière de rendre hommage à la fois à ces soldats, de souligner leur contribution à cette guerre et de dire aussi que ces langues parlées par ces soldats d’Afrique font aussi partie de l’histoire de la France. Tout comme leur foi et leur culture. Une décennie plus tard, plus aucun tirailleur de cette guerre n’est en vie. Leurs descendants le sont. Quel regard porteront-ils sur cette histoire? Et sur les promesses non tenues de l’État français? Pour Omar Sy, ce film avait un objectif: “Faire le lien entre les poilus de la Grande guerre et les tirailleurs noirs et mettre ces frères d’armes sur un même pied d’égalité”. Pari réussi.

Sortie en salles : le 4 janvier 2023