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2024 en Afrique : le continent entre démocratie et théocratie

Par Fatoumata Bakily
Jan 06, 2024
7 min

L’année 2023 s’est achevée avec six élections à la magistrature suprême sur le continent. 2024 en Afrique devrait aussi être marquée par neuf Présidentielles.

2024 en Afrique :  le continent entre démocratie et théocratie
2024 en Afrique :  le continent entre démocratie et théocratie

Qui succèdera aux présidents sénégalais, mozambicain et ghanéen sur le départ après deux mandats successifs ? Quel sera le score du parti historique de Nelson Mandela en Afrique du Sud ? Le président algérien Abdelmadjid Tebboune sera-t-il candidat à sa propre succession ? En Afrique de l’Ouest, toujours marquée par des attaques terroristes, les regards se tournent toujours vers les présidents de transition du Mali, du Burkina Faso, du Niger et de la Guinée alors que la Cédéao réclame en vain le retour à un ordre constitutionnel. Tour d’horizon d’une année électorale chargée.

2024 en Afrique. À chaque mois, ou presque, un scrutin présidentiel. La première aura lieu dans l’archipel des Comores le 14 janvier. Le président Azali Assoumani, élu pour la première fois en 2016, est candidat à un troisième et dernier mandat. S’il parvient à se faire réélire, il devra définitivement quitter le pouvoir en 2029 pour respecter le principe de la présidence tournante entre les trois îles que compte l’archipel.

Un mois plus tard, au Sénégal, l’ère Macky Sall prendra fin à l’issue de la Présidentielle dont le premier tour est fixé le 25 février prochain. Le président sénégalais ne se représentera pas, après 12 ans à la tête du pays et une fin de règne marquée par des violences. Une nouvelle année qu’il a souhaitée apaisée lors des traditionnels vœux du nouvel an à ses concitoyens. 

En Afrique du Sud, 30 ans après la fin de l’apartheid et l’accession au pouvoir de Nelson Mandela, la nation ar-en-ciel connaitra des élections générales en avril. Le président Cyril Ramaphosa est chargé de maintenir le Congrès national africain (ANC, sigle en anglais) au pouvoir même si les sondages créditent ce parti historique de moins de 50 % des voix.

En Mauritanie, la Présidentielle est attendue en juin. Si l’actuel chef de l’État Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani n’a toujours rien dévoilé de ses intentions, nul doute qu’il sera candidat à un second mandat. 

Au Rwanda, le cas Paul Kagame

Paul Kagame va fêter ses trente ans au pouvoir. Le président rwandais a annoncé son intention de se porter candidat à sa propre succession pour la quatrième fois à la Présidentielle fixée le 15 juillet. L’ancien chef rebelle a pris les commandes de ce pays de la région des Grands Lacs en 1994, après le génocide qui a coûté la vie à plus de 800.000 Rwandais, principalement des Tustsis entre avril et juillet 1994.

Élu pour la première fois en 2003, il a systématiquement remporté toutes les élections présidentielles successives (2003, 2010, 2017) avec plus de 90 % des voix. Des résultats qui selon ses détracteurs attestent de l’irrégularité de ces élections gagnées par son parti le Front Patriotique Rwandais (FPR). En 2017, Paul Kagame avait réussi à briguer un 3e mandat à la faveur d’amendements constitutionnels controversés. 

En Tunisie, sans surprise, le président Kaïs Saïed est candidat à sa propre succession à la Présidentielle qui devrait se dérouler en octobre. Contrairement aux élections précédentes en 2014 et 2019, marquées par les effets du printemps arabe, cette élection est corsetée par un régime hyper présidentiel qui concentre tous les pouvoirs et une opposition réduite à peau de chagrin. Kaïs Saïed semble en théorie en passe de conserver son mandat sauf s’il fait face à la colère des Tunisiens lassés par le chômage, la pénurie alimentaire et les atteintes aux libertés individuelles.

Contrairement au président tunisien, le président mozambicain, Filip Nyusi, ne pourra pas briguer un troisième mandat conformément à la Constitution. La Présidentielle fixée au 9 octobre se fera en même temps que les élections législatives et provinciales.

En décembre, au Ghana, une seule question se pose. L’ex-chef de l’État, John Dramani Mahama, candidat pour la 4e fois après avoir été élu en 2012, va-t-il parvenir cette fois-ci à succéder au président Nana Akufo Addo. Ce dernier est contraint par la Constitution à passer la main après deux mandats successifs (2016 et 2020).

En Algérie, le chef de l’État Abdelmadjid Tebboune n’a toujours rien dévoilé de ses intentions quant à une éventuelle candidature.  Élu après le Hirak et le départ d’Abdelaziz Bouteflika, à 78 ans, rien n’empêche en théorie le président Tebboune de briguer un second mandat dans un pays où l’opposition, la presse et l’armée ne se font plus entendre… pour l’heure.

Coup d’État ou « coup de libération » ?

Au Tchad, la nouvelle Constitution, promulguée fin décembre 2023, ouvre la voie « au soleil de la Ve République » pour Mahamat Idriss Déby Itno, président de la transition. Trois ans après le décès de son père et ex-président, il s’est auto-proclamé président de la transition. Mahamat Idriss Déby Itno pourrait marcher sur les pas de son père en se présentant à la Présidentielle qu’il souhaite organiser d’ici à la fin de cette année. Des élections législatives devraient également avoir lieu.

Au Gabon, la Présidentielle a bien eu lieu l’an dernier mais le président Ali Bongo Ondimba a été chassé du pouvoir après des contestations. C’est l’actuel président de la transition, Brice Clotaire Oligui Nguéma, qui a mis fin à l’hégémonie de la famille Bongo en août dernier par ce qu’il nomme non pas un coup d’État mais « coup de libération ». Il promet en outre « l’ouverture d’une période de transition politique ».

Au Mali et au Burkina Faso, les présidents de transition Assimi Goïta et Ibrahim Traoré ne semblent pas encore prêts à quitter le pouvoir depuis leurs coups d’État respectifs.

Au Mali, l’élection présidentielle qui devait se tenir en février prochain a été reportée sine die tout comme les Législatives qui avaient été programmées pour la fin de l’année 2023.

Au Burkina Faso, le calendrier électoral (convenu avec la Cédéao), qui prévoyait la tenue de la Présidentielle d’ici mi-2024, ne sera pas respecté. Pour ces deux pays voisins, la sécurité de leur État miné par des attaques terroristes passe avant la tenue d’élections libres, transparentes et indépendantes.

Le Niger, autre pays du Sahel, a connu un putsch. Le 26 juillet dernier, Mohamed Bazoum, démocratiquement élu, a été déposé par le général Abdourahamane Tiani. Malgré les pressions de la Cédéao et de la communauté internationale, le président déchu n’est toujours pas libre de ses mouvements. De plus, le nouvel homme fort du pays n’entend pas lui rendre le pouvoir.

En Guinée, le colonel Mamadi Doumbouya, qui a pris le pouvoir en 2021 à la faveur d’un coup d’État, refuse également l’organisation d’une élection présidentielle, mais promet un référendum constitutionnel.