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Algérie : Lamamra, les raisons de son limogeage

Par Ali Boukhlef
Mar 18, 2023
5 min

Après quelques semaines de rumeurs et de spéculations, la présidence algérienne a mis fin au suspense. Le ministre des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, a été congédié et remplacé par Ahmed Attaf, qui avait occupé le poste de 1996 à 1999.

Algérie : Lamamra, les raisons de son limogeage

Cela fait près d’un mois que le désormais ex-ministre des Affaires étrangères a disparu des radars. L’homme qui incarnait ces trois dernières années la diplomatie algérienne, était en rupture de ban avec le chef de l’État, Abdelmadjid Tebboune. Entre les deux hommes, le courant ne passait visiblement plus. Et si aucune information publique n’est venue documenter cette guerre de tranchées que se livraient le président Abdelmadjid Tebboune et son ministre des Affaires étrangères, les signes d’une mésentente entre les deux hommes sont devenus de plus en plus apparents. Dans les coulisses du ministère des Affaires étrangères, situé à El-Moradia (sur les hauteurs d’Alger) et attenant à la présidence de la République, les bruits d’une rupture devenue fatale entre les deux institutions couraient depuis un moment. Et cela s’est accentué lorsqu’un communiqué attribué aux services de la diplomatie algérienne ont annoncé « une protestation » contre « les agissements » de « certains services » de l’État français, accusés d’avoir « exfiltré » la militante algéro-française Amira Bouraoui. Visiblement pas informé de la diffusion de ce message tout comme de celui annonçant le rappel « pour consultation » de l’ambassadeur d’Algérie à Paris, Lamamra est entré dans une colère noire. Mais l’homme « n’est pas du genre à protester », nuance un journaliste qui cite des diplomates ayant travaillé avec l’ancien ministre des Affaires étrangères. 

Des humiliations et des démissions…

Comme un malheur ne vient jamais seul, cette « affaire Bouraoui » n’est pas la dernière humiliation que la présidence algérienne a fait subir au chef de la diplomatie. Deux semaines après cet affront, le Palais présidentiel a annoncé via un communiqué succinct un mouvement dans le corps diplomatique. Une nouvelle fois, le premier concerné n’est pas mis dans la confidence. « C’est la goutte qui a fait déborder le vase », susurre-t-on du côté des Affaires étrangères. C’est à ce moment-là que des journalistes et des observateurs politiques ont commencé à se poser la question : « il est passé où Lamamra ? ». Et la question n’est pas fantaisiste, puisque à partir de cette période, c’est le secrétaire général du ministère des Affaires étrangères, Amar Belani, qui reçoit les invités de l’Algérie et les ambassadeurs accrédités à Alger. Jusque-là, certains ont pensé à un « congé maladie », ce qui peut paraître plausible pour un homme de 70 ans, à la vie sédentaire. Mais ce doute s’est vite dissipé le dimanche 12 mars : ce jour-là, le haut représentant de l’Union européenne pour les Affaires étrangères était arrivé à Alger. A l’accueil, il a trouvé un haut fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères. Point de Lamamra qui était également absent la veille à l’aéroport Houari-Boumediène lorsqu’une partie du gouvernement algérien était à l’accueil du président Ougandais, venu en visite d’État. Il était dès lors clair que le départ de Ramtane Lamamra du gouvernement n’était plus qu’une question de temps.

Ces quelques couacs connus du grand public ne sont en réalité que la partie émergée de l’iceberg. Selon des sources diplomatiques, cela faisait longtemps que le courant ne passait plus entre Abdelmadjid Tebboune et Ramtane Lamamra. Ce dernier « a remis plusieurs fois sa démission » au courant de l’année écoulée, nous a confié récemment un ancien diplomate qui voit régulièrement son ancien collègue. Selon lui, « l’entourage du chef de l’Etat reproche à Lamamra une ambition présidentielle qui pousse le président à se méfier de lui ». Vrai ou faux ? Une chose est sûre : les démissions de l’ancien ministre étaient toutes rejetées ? S’il est difficile de donner une réponse tranchée, il est loisible de constater que depuis près de 50 ans, Ramtane Lamamra a mis toute son énergie au service exclusif de la diplomatie de son pays. 

Ce natif de Béjaïa (Kabylie) en 1952 a vite gravi les échelons. De simple fonctionnaire au ministère des Affaires étrangères, il a été plusieurs fois ambassadeur aux Etats-Unis et dans d’autres grandes capitales. Il a présidé durant deux mandats le Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union africaine, une organisation qu’il connaît des bouts des doigts. Puis, en 2013, il est nommé une première fois ministre des Affaires étrangères avant d’être congédié en 2017. Deux ans plus tard, il revient brièvement comme chef de la diplomatie et vice-premier ministre lorsqu’éclatent les manifestations de février 2019 qui ont poussé Abdelaziz Bouteflika à la démission. C’est durant cette période que le nom de Ramtane Lamamra est revenu souvent dans les discussions comme potentiel successeur au président malade. Mais il n’en fut rien.

Pour remplacer Ramtane Lamamra au ministère des Affaires étrangères, Abdelmadjid Tebboune a fait appel à un connaisseur de la maison. Ahmed Attaf, 71 ans, déjà chef de la diplomatie algérienne de 1996 à 1999, a la lourde tâche de poursuivre l’œuvre entamée par son prédécesseur et surtout de porter l’ambition du chef de l’Etat algérien qui veut redorer le blason de la diplomatie de son pays. Connu pour être « modéré » mais ferme, Ahmed Attaf est également décrit comme étant « moins clivant. Saura-t-il relever le défi ?

Ali Boukhlef

By Ali Boukhlef

Correspondant à Alger, Algérie