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Cette grâce présidentielle, « un tournant décisif dans les relations entre le Mali et la Côte d’Ivoire »

Par Sagaïdou Bilal
Jan 08, 2023
4 min
Retour des 46 ivoiriens après libération au Mali
Retour des 46 militaires ivoiriens après leur libération au Mali

Abdoul Sogodogo est titulaire d’un doctorat en Relations internationales de la « Central China Normal University (CCNU) ». Enseignant-chercheur à l’Université des Sciences Juridiques et Politiques de Bamako (USJPB), il est actuellement le Vice-Doyen de la Faculté des sciences administratives et politiques (FSAP) de la même université. Ses travaux de recherche portent essentiellement sur les politiques publiques de développement et la résolution des conflits. Pour lui, la grâce présidentielle accordée aux 49 soldats ivoiriens condamnés peut aboutir à « un tournant décisif dans les relations entre le Mali et la Côte d’Ivoire ».

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Dr. Abdoul Sogodogo

Tama média : Que pensez-vous de la grâce présidentielle accordée le vendredi soir aux soldats ivoiriens arrêtés au Mali, puis condamnés par la justice malienne ?

Abdoul Sogodogo : Je pense que cette grâce présidentielle accordée par le président de la transition [Colonel Assimi Goïta] s’inscrit dans le cadre des récents accords que j’appelle parfois « accords secrets ». Le Mali et la Côte d’Ivoire essaient de donner une nouvelle dynamique à leur relation de voisinage parce que ce conflit qui les opposait était de nature à obstruer une coopération sincère, tant sur le plan économique, que sécuritaire.

Cette situation était de nature à rendre difficile voire même impossible une intervention ivoirienne auprès des militaires maliens dans la lutte contre le terrorisme. Cela constituait une frustration très importante non seulement pour le gouvernement malien mais aussi pour le gouvernement ivoirien. Les pays sont exposés à la menace terroriste qui nécessite un renforcement de la coopération sous-régionale. Il est normal que ces États puissent trouver les voies et moyens pour en faire face, en conjuguant leurs efforts pour sécuriser notre espace et soutenir les efforts conjoints de développement.

Comment vous avez accueilli la nouvelle ? Et quel regard portez-vous sur la suite ?

Avec beaucoup de soulagement. Nous ne pouvons être qu’heureux de voir que les deux gouvernements ont trouvé finalement un moyen de se mettre d’accord et de résoudre cette question. J’ose croire que ça va être un tournant décisif dans les relations entre le Mali et la Côte d’Ivoire (RCI). On peut espérer l’émergence de nouvelles dynamiques sous-régionales en termes de sécurité collective et d’intégration des économies.

Sur le plan économique, je pense que le Mali sera encore plus présent au port d’Abidjan. On sait que le port d’Abidjan est plus proche de Bamako que celui de Dakar et surtout que l’état de la route entre Bamako et Abidjan est de meilleure qualité. Ce rapprochement pourrait donc avoir un impact sur le coûts des produits sur le marché d’autant plus que les Maliens se plaignent de la vie chère. Il ne faut pas oublier aussi que la Côte d’Ivoire fournit de l’électricité au Mali. Il y a donc pas mal d’aspects de coopération entre le Mali et la Côte d’Ivoire qui peuvent bénéficier de la fin de la brouille diplomatique. Faut-il rappeler aussi que le Mali a une importante communauté en Côte d’Ivoire qui contribue largement au développement économique du pays. Je crois que l’accord signé doit avoir précisé les différents aspects dans lesquels les deux pays vont essayer d’approfondir leur coopération.

Pensez-vous que la fin de la crise diplomatique peut aussi avoir un impact positif sur le plan social dans les deux pays ?

Évidemment, c’est surtout un soulagement pour les deux peuples frères (malien et ivoirien) parce qu’ils sont très proches par leur histoire et leur culture. Je dirais même quelque part que ce sont les mêmes populations. Je m’explique : Quand vous prenez les régions du Nord de la Côte d’Ivoire (Korhogo, Bouaké, etc.), dans cette zone frontalière du Mali, les populations sont essentiellement constituées des mêmes groupes ethniques qu’au Mali. Elles parlent notamment le Dioula, dialecte simplifié dérivé du Bambara qui est la langue la plus parlée au Mali. Donc une situation tendue comme celle-ci est de nature à rendre difficile la vie sociale entre les communautés.