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[Chronique] La Coupe d’Afrique des nations de football, un excellent moyen pour développer les infrastructures sur le continent

Par Youga Ciss
Oct 09, 2023
7 min

Trente-trois. C’est depuis 1957 le nombre d’éditions de la Coupe d’Afrique des nations (Can) de football organisée généralement tous les deux ans. Dans un continent de 54 pays, seuls 18 d’entre eux peuvent aujourd’hui se targuer d’avoir accueilli, au moins une fois dans leur histoire, cette fête du ballon rond. Une anomalie que s’emploie à corriger Patrice Motsepe, le président de la Confédération africaine de football (Caf). Le patron de l’instance faîtière a pensé, à juste raison d’ailleurs, que la Can pourrait être un catalyseur de croissance.

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CAN 2021 : le Sénégal l’emporte pour la première fois aux dépens de l’Égypte

En Amérique latine, le football est une religion ayant ses dieux, ses fidèles et ses rites. Nous n’en sommes pas encore là en Afrique. Ici, on vibre néanmoins d’émotion tous les deux ans à l’occasion de la compétition mettant aux prises les meilleures sélections du moment. La Coupe d’Afrique des nations, Can en abrégé, est une grand-messe qui a traversé les âges avec la folle ferveur qu’on lui connaît.

Depuis 1957, année de sa création, elle s’est déroulée dans toutes les régions du continent. Mais dix-huit pays uniquement sont concernés par la rotation. Il s’agit de l’Afrique du Sud, de l’Algérie, de l’Angola, du Burkina Faso, du Cameroun, de la Côte d’Ivoire, de l’Égypte, de l’Éthiopie, du Gabon, du Ghana, de la Guinée équatoriale, de la Libye, du Mali, du Maroc, du Nigeria, du Sénégal, du Soudan et de la Tunisie.

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Géographiquement, l’Afrique du Nord est la plus gâtée par le sort avec onze phases finales tenues dans cinq États. Ceux de l’Ouest ont été les hôtes du tournoi à neuf reprises avec six pays impliqués. L’Afrique centrale et de l’Est ont chacune abrité cinq éditions contre trois pour l’Afrique australe. Signe de profondes disparités, l’Égypte, où se trouve le siège de la Confédération africaine de football (Caf) a organisé, à elle seule, cinq Can (1959, 1974, 1986, 2006 et 2019). Entre 2012 et 2017, Libreville et Malabo ont été trois fois les capitales du foot continental. Rien que ça !

À titre comparatif, le Championnat d’Europe des nations de football (Euro), né en 1960 et se tenant tous les quatre ans, s’est joué dans 20 pays en 16 éditions.

Le fossé infrastructurel entre les États

L’Afrique est essentiellement composée de territoires où la misère est omniprésente. Dès lors, on peut aisément comprendre que, pour la plupart des gouvernants, la priorité ne soit pas la construction de stades ultra modernes avec un gazon lisse comme une table de billard afin de remplacer les champs de patates. Pour autant, ce n’est pas une raison pour faire de la Can la chasse gardée d’une poignée de pays. Le défaut de démocratisation de la plus grande compétition de football sur le continent a creusé, au fil des décennies, le fossé infrastructurel entre les États.

Au Sénégal, l’érection par une entreprise turque d’un écrin de 50.000 places à Diamniadio, à la périphérie de Dakar, a coûté 156 milliards F CFA (environ 238 millions d’euros) aux contribuables. Le régime de Macky Sall a vertement été critiqué sur l’opportunité d’un tel investissement. Ses pourfendeurs ont peut-être changé d’avis maintenant. Dans un passé récent, suite à la suspension du stade Léopold Sédar Senghor, qui fait actuellement peau neuve grâce à la coopération chinoise, les Lions ont temporairement élu domicile en Guinée et au Maroc.

Plus récemment, dans le cadre des éliminatoires de la prochaine Can, prévue du 13 janvier au 11 février 2024 en Côte d’Ivoire, des équipes nationales ont été contraintes de disputer tous leurs matchs à l’extérieur. Leurs pays ne disposant pas d’une enceinte répondant aux normes de confort et de sécurité en vigueur. Tolérance zéro !

Le Burkina Faso a délocalisé ses réceptions au Maroc. La Gambie a également joué dans le Royaume chérifien après avoir entamé la campagne qualificative au Sénégal voisin. De son côté, le Niger a transféré sa base au Bénin. L’Ouganda et la Centrafrique ont respectivement porté leur dévolu sur l’Égypte et l’Angola. Ces formations, pour ne citer qu’elles, ont ainsi été privées du soutien de la majorité de leurs supporters. Une situation qui a parfois eu un impact négatif sur la performance des athlètes.

Nouvelles dynamiques de développement

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Porté à la tête de la Caf en mars 2021, Patrice Motsepe n’a pas caché sa volonté de ne pas attribuer deux fois d’affilée la Can à une même zone géographique. C’est une rupture avec les pratiques de ses prédécesseurs à l’instar du Camerounais Issa Hayatou et du Malgache Ahmad Ahmad. Le Sud-Africain, homme d’affaires fortuné au fait des nouvelles dynamiques de développement, mise sur l’évènement biennal pour permettre à certains pays de se mettre à niveau : aéroports internationaux, routes, réceptifs hôteliers, stades, terrains d’entraînement, réseaux de télécommunications… Une fois les infrastructures sportives construites, les États doivent tout faire pour relever le défi de l’entretien. Il ne faut surtout pas imiter le Gabon, mauvais élève en la matière.

Avec le passage de la Can de 16 à 24 équipes depuis 2019, le lourd cahier des charges pour une candidature unique pouvait lui compliquer la tâche. Heureusement, il est possible de co-organiser la joute. Si le Maroc a été choisi il y a quelques jours pour l’édition de 2025, celle de 2027 a été confiée au trio Kenya, Ouganda et Tanzanie. En toute logique, des pays de l’Afrique australe devraient remporter la palme en 2029 ou 2031. À terme, un maillage intelligent du continent noir sera porteur de bonnes nouvelles dans la mesure où, au-delà du lifting de l’existant, des infrastructures pousseront comme des champignons dans les pays hôtes. Et l’économie du football, en période de Can, n’est pas négligeable.

Le Maroc, lui, fait figure de locomotive. Il tire profit de ses infrastructures à la qualité mondialement reconnue. La 19e édition de la Coupe du monde des clubs de la Fédération internationale de football association (Fifa), avec entre autres la participation du Real Madrid (Espagne), de Flamengo (Brésil) et d’Al Hilal (Arabie saoudite), s’est passée du 1er au 11 février 2023 dans le Royaume chérifien qui en a mis plein la vue. Candidat malheureux à titre individuel à l’organisation des Mondiaux de football en 1994, 1998, 2006, 2010 et 2026, le pays nord-africain a vu son abnégation finalement récompensée.

En 2030, en compagnie de l’Espagne et du Portugal, ce sera son tour. Seule l’Afrique du Sud, pour le compte de notre continent, a eu cet insigne honneur en 2010 sous les yeux de l’icône Nelson Mandela. Les matchs d’ouverture du Mondial du centenaire, pour un clin d’œil à l’histoire, auront lieu en Uruguay, en Argentine et au Paraguay. Au moins trois groupes du premier tour seront logés au Maroc. Et le pays a déjà manifesté son vif intérêt pour être le théâtre de la finale. C’est tout le mal que l’on souhaite à cette nation qui sait se donner les moyens de ses ambitions. La demi-finale des Lions de l’Atlas au Qatar, meilleur résultat africain jamais enregistré, prouve à qui en doutait encore que notre continent a un incroyable talent. Il faut à présent œuvrer pour un nivellement par le haut sur et en dehors des pelouses.