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Mali : qui est Aminata Dicko dont l’intervention à l’ONU a créé la colère de Bamako ?

Par Redaction
Feb 06, 2023
6 min
'ONU défraie toujours la chronique : le gouvernement a annoncé, ce dimanche 5 février, avoir déclaré le chef de la division des droits de l’Homme de la mission onusienne au Mali, persona non grata. Retour sur une affaire qui divise et anime les discussions tant en ligne sur les réseaux sociaux que dans les "grins" [ rassemblement de jeunes autour d'un thé] de Bamako.

Au Mali, l’intervention d’Aminata Dicko au Conseil de Sécurité de l’ONU défraie toujours la chronique : le gouvernement a annoncé, ce dimanche 5 février, avoir déclaré le chef de la division des droits de l’Homme de la mission onusienne au Mali, persona non grata. Retour sur une affaire qui divise et anime les discussions tant en ligne sur les réseaux sociaux que dans les “grins” [ rassemblements notamment de jeunes autour d’un thé] de Bamako.

Le 27 janvier, le Conseil de Sécurité de l’ONU s’est réuni pour réexaminer la situation au Mali. La défenseuse des droits humains Aminata Dicko, y était invitée en tant que membre de la société civile dans le pays. Dans son allocution, en vision conférence, elle a notamment pointé du doigt les exactions commises par les groupes armés qualifiés de terroristes, mais aussi par « les instructeurs russes » opérant avec l’armée malienne.

Abdoulaye Diop, ministre malien des Affaires étrangères, présent aussi à New-York, à l’ONU, n’a pas pu cacher son mécontentement suite à l’intervention d’Aminata Dicko. Le chef de la diplomatie malienne a réagi immédiatement dans des propos peu diplomatiques, laissant entendre que c’est « une déléguée » que les autorités maliennes ne connaissent pas. En d’autres termes, il a mis en doute la représentativité et la crédibilité de sa concitoyenne : « L’instrumentalisation de la société civile pour des agendas cachés ne sert pas la cause de la société civile », a alors affirmé Abdoulaye Diop devant le Conseil de Sécurité des Nations-Unies.

De nombreuses réactions et une plainte

Aminata dicko a lonu
Capture d’écran de l’intervention d’Aminata Dicko

Depuis son intervention, Aminata Dicko fait l’objet d’une campagne de dénigrement et de menace notamment sur les réseaux sociaux. Si certains internautes ont salué son courage et sa constance de dire haut et fort ce que beaucoup pensent bas, d’autres l’ont au contraire traitée de tous les noms comme ce fut le cas de ses prédécesseures Adam Dicko et Sadya Touré, qui étaient également intervenues au Conseil de Sécurité de l’ONU en tant que membres des organisations de la société civile au Mali.

Connu pour être des proches du pouvoir de Bamako, les membres du Collectif pour la défense des militaires, ont d’ailleurs déposé, le 30 janvier, au Tribunal de grande instance de la Commune IV de Bamako, une plainte contre elle « pour diffamation, calomnie et de haute trahison ». Le lendemain, le 31 janvier, le haut conseil des organisations de la société civile, a déclaré pour sa part se “désolidariser” de la jeune femme et condamne ses propos qu’il a qualifiés de « tendancieux visant à ternir l’image du Mali en général et en particulier [celle de sa] brave armée ». Cette organisation qui a vu le jour au mois de mars 2022, sous la transition malienne, est dirigée par Hamane Touré dit serpent, un fervent soutien au pouvoir de Bamako comme le CDM (Collectif pour la défense des militaires).

Dans un communiqué daté du 3 février, la Commission nationale des droits de l’Homme (CNDH) a pour sa part tenu à exprimer sa préoccupation et son inquiétude « par rapport à certains propos véhiculés sur les réseaux sociaux incitant à la haine et à la violence contre les défenseurs des droits humains ». Elle a ainsi rappelé à l’État malien ses obligations de protection à l’endroit des activistes des droits de l’Homme. Et cela conformément à la loi de janvier 2018 relative aux défenseurs des droits humains selon laquelle : « l’État doit protéger les Défenseurs des Droits de l’Homme, les membres de leurs familles et de leurs collaborateurs lorsqu’ils sont confrontés à une situation de risque ou de danger dans l’exercice de leurs activités ».

Soutien de Kisal à ses membres « traqués »

Depuis son intervention à New-York, la situation est de plus en plus préoccupante pour la défenseuse des droits humains, sa famille et son organisation Kisal, un observatoire des droits humains notamment pour la communauté d’éleveurs au Sahel. Aminata Dicko est la présidente de son antenne du Mali et vice-présidente au niveau mondial.

Dans une publication postée sur Facebook, l’organisation a indiqué, « tout en réaffirmant la nécessité pour Kisal d’adhérer strictement aux lois des pays où il opère, et de collaborer avec les autorités pleinement, [qu’elle demande] de la justice et de la protection pour [ses] membres, comme pour les civils en détresse partout en Afrique ».

« Les combats sont communs. Les acteurs de la société civile qui dénoncent des travers des systèmes sont aussi des héros, car ils veulent aider à corriger des imperfections, poursuit Kisal. Nos membres sont traqués, stigmatisés, du fait de leur travail. Nous leur témoignons notre soutien. Que ce soit Aminata Dicko, Binta Sidibé, Dougoukolo Ba Konaré, et tous les collaborateurs adhérant à la charte Kisal. »

Une autre victime collatérale au sein de la Minusma ?

Active sur les réseaux sociaux, Aminata Dicko ne s’y est pas encore exprimée depuis l’affaire. Certains fervents soutiens du pouvoir de Bamako pensent qu’elle se cache dans les locaux de la Minusma, à Senou, à quelques pas de l’aéroport international de Bamako. C’est ainsi qu’ils sont allés jusqu’à manifester devant les lieux. Alors qu’une demande de manifestation pacifique, initiée par le Cadre de partis et regroupements politiques pour le retour à l’ordre constitutionnel a été au même moment refusée par le gouvernorat du district de Bamako pour raisons sécuritaires.

Ce dimanche 5 février, Bamako a annoncé avoir déclaré le directeur de la division des droits de l’Homme de la Minusma, Guillaume Ngefa-Atondoko Andali, personna non grata. Son expulsion semble être la conséquence directe de l’intervention d’Aminata Dicko à l’ONU.

Le communiqué exigeant son départ du Mali affirme qu’« à l’occasion des différentes sessions du Conseil de Sécurité des Nations unies sur le Mali, les actions de Monsieur ANDALI ont consisté à sélectionner des usurpateurs s’arrogeant le titre de représentants de la société civile malienne, en ignorant les autorités et les institutions nationales ». Par conséquent, Bamako lui a donné 48 heures pour quitter le pays. Ce qui nous rappelle un cas d’expulsion survenu en juillet dernier : Olivier Salgado, porte-parole de la Minusma, avait été déclaré lui aussi persona non grata et était invité à quitter le pays dans un délai de 72 heures.