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2023, le centenaire de Sembène Ousmane, pionnier du cinéma africain

Par Ambre Delcroix
Jan 06, 2023
5 min
Centenaire ousmane Sembene
Ousmane Sembène

Ousmane Sembène est l’un des réalisateurs les plus marquants du continent africain. Né au Sénégal, son parcours et ses engagements ont forgé l’admiration de ses pairs. Il aurait eu en janvier 2023 cent ans !

Ousmane Sembène, un tirailleur sénégalais aux idées marxistes

Né le 1er janvier 1923 ou le 8 – son père se serait accordé un temps de réflexion avant de le déclarer à l’État-civil. Son œuvre cinématographique reste aujourd’hui pionnière et l’une des plus riches du continent africain. Né à Ziguinchor en Casamance, il grandit dans une famille pauvre et doit abandonner l’école à un jeune âge. Mobilisé par l’armée française, il intègre vers 1944 les tirailleurs sénégalais au sein du 6ème Régiment d’artillerie coloniale. De cette expérience difficile naît chez lui des sentiments anticolonialistes. Le personnage du tirailleur sénégalais revient d’ailleurs dans plusieurs de ses œuvres, particulièrement dans les films « Camp de Thiaroye » et « Niaye ». Une fois démobilisé, il travaille comme docker à Marseille avant de s’engager dans la lutte pour l’indépendance du Sénégal.

C’est à ce moment-là qu’il adhère à la CGT (Confédération Générale du Travail) et au PCF (Parti communiste français), où il développe des convictions marxistes. Il milite contre la guerre en Indochine et pour l’indépendance de l’Algérie.

Des bibliothèques de la CGT au retour en Afrique

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Ousmane Sembène

Ousmane Sembène commence à s’intéresser à l’écriture, à la littérature et fréquente alors les bibliothèques de la CGT et commence à suivre des cours offerts par le PCF.En 1956, il publie son premier roman, « Le Docker noir » qui relate son expérience de docker.

En 1957 il publie « Ô pays, mon beau peuple ». En 1960, il publie un nouveau roman, « Les Bouts de bois de Dieu » qui raconte l’histoire de la grève des cheminots en 1947-1948 du Dakar-Niger, la ligne de chemin de fer qui relie Dakar à Bamako. L’histoire se déroule parallèlement à Dakar, Thiès et Bamako sur fond de colonialisme et de lutte des cheminots pour accéder aux mêmes droits que les cheminots français.C’est également en 1960 que le Soudan français accède à l’indépendance pour devenir le Mali et le Sénégal. Ousmane Sembène rentre alors en Afrique.

Premiers pas d’Ousmane Sembène dans le cinéma

Ousmane voyage à travers divers pays africains dont le Mali, la Guinée, le Congo. Il commence alors à penser au cinéma pour atteindre les non lecteurs, à cette époque-là, très nombreux en Afrique. Il veut donner une autre image du continent que celle montrée à travers les masques, les danses, les représentations folkloriques.

En 1961, il intègre une école de cinéma à Moscou. Il réalise dès 1962 son premier court-métrage « Borom Sarret » (« Le charretier »), suivi en 1964 par « Niaye » qui gagne le Prix du festival de court métrage de Tours et une mention spéciale au Festival international du film de Locarno. Ce dernier raconte l’histoire d’une famille noble des Niayes (régions rurales du Sénégal) qui se voit déshonorée après que le père ait commis l’inceste sur sa fille. Ce film est l’adaptation de sa nouvelle littéraire « Vehi-Ciosane » ou « Blanche-Genèse ».

La consécration d’un talent du cinéma africain à l’international

En 1966 sort son premier long-métrage, qui est aussi le premier long métrage « négro-africain » du continent, intitulé « La Noire de… ». Il remporte le Prix Jean-Vigo de la même année.

Dès lors Ousmane Sembène se place sur le terrain de la critique sociale et politique avec l’histoire d’une jeune Sénégalaise qui quitte son pays et sa famille pour venir en France travailler chez un couple qui l’humiliera et l’assujettira en esclave, la poussant jusqu’au suicide.

Considéré comme l’un de ses chefs-d’œuvre et couronné par le Prix de la critique internationale au Festival de Venise, « Le Mandat » (1968) est une comédie acerbe contre la nouvelle bourgeoisie sénégalaise, apparue avec l’indépendance du pays.

En 1969, il est invité au premier Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco) par les fondateurs de ce festival, mais n’en fait pas partie.

A partir de 1970 il prend un rôle très important dans le festival et participe à son essor. Jusqu’à sa mort intervenue en 2007, il participera au Fespaco, tout en refusant de participer à la compétition, pour laisser émerger d’autres cinéastes. Celui que l’on appelait affectueusement « l’aîné des anciens », reste jusqu’à ce jour l’un des plus talentueux réalisateurs du continent !

Il est décédé le 9 juin 2007 à l’âge de 84 ans.