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“The woman King”, la vraie histoire des Agojié du Bénin

Par Fatoumata Bakily
Nov 19, 2022
4 min
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Portées à l’écran par la réalisatrice noire-américaine Gina Prince box-office, ces guerrières héroïnes du film “Woman King”, ont remporté un vif succès au box-office américain. Le film est inspiré de l’histoire vraie des agojié : des femmes soldats de la garde royale du Dahomey.

Entre le 18e et le 19e siècle, les agojié ont été les premières femmes à constituer  une unité de l’armée du royaume du Dahomey, le Bénin actuel. Cette unité d’élite de la garde royale exclusivement féminine avait pour mission de protéger les rois successifs et le royaume dahoméen contre les invasions voisines. Au combat, ces guerrières étaient particulièrement redoutées pour leur capacité hors-norme face à des armées ennemies constituées d’hommes qu’elles ne craignaient pas. Si leur présence est attestée dès le 18e siècle, c’est sous le règne du roi Ghezo (1818 à 1858) que le corps des guerrières agojié s’est professionnalisé avec notamment une sélection des nouvelles recrues et un entraînement intensif à différentes techniques de combat. C’est cette période qu’a choisi la réalisatrice Gina Prince Bythewood, en montrant le combat victorieux des agojié contre le royaume d’Oyo en 1823.On y voit ces guerrières vêtues de tunique et protégées par des amulettes faire preuve de détermination et de sang-froid face aux soldats ennemis. Leur résistance à la douleur et leurs nombreuses victoires ont également contribué à façonner la légende et la crainte de ces soldates. Formées au corps à corps et au maniement des armes à feu, l’arme la plus redoutable des agojié était une longue épée tranchante qu’elles maniaient d’une main de maître et pouvant trancher un corps en deux. 

En dehors des périodes de combats, ces femmes qui étaient aussi appelées les “minos” (“nos mères” en langue fon), vivaient dans des quartiers privés 

où aucun homme n’avait le droit de pénétrer. La plupart d’entre elles n’avaient ni époux ni enfants et menaient une vie faite de célibat et de sororité. Seuls le roi ou les hauts dignitaires pouvaient prétendre à les prendre pour épouse. Ces femmes bénéficiaient d’un grand prestige auprès de la population, les habitants du Dahomey devaient baisser les yeux à leur passage en signe de respect. Au total,entre 4000 et 6000 femmes ont donné leur vie à la royauté en devenant agojié. Certaines ont été enrôlées de force, d’autres ont volontairement choisi de consacrer leur vie à la protection du roi. 

La polémique

 Si Ces guerrières téméraires ont fait les heures de gloire du royaume de Dahomey, elles ont également contribué à la part la plus sombre du royaume en ayant un rôle prépondérant dans la traite négrière en Afrique. “Le royaume du Dahomey est connu pour avoir participé le plus activement et le plus durablement à la traite”, explique l’historienne et écrivain Sylvia Serbin dans une interview accordée à nos confrères de FranceInfo, auteure de “Reines d’Afrique”. Et même quand la traite fut abolie par l’Angleterre au début du 19e siècle, le Dahomey a continué dans la traite clandestine jusqu’à ce que le Brésil, à la fin du 19e siècle, abolit l’esclavage (…)”Elles obéissaient, elles n’avaient pas leur mot à dire sur la façon dont le royaume était organisé. Elles étaient des exécutantes. Quand il fallait tuer l’ennemi, elles tuaient l’ennemi. Quand il fallait ramener des prisonniers pour les vendre, elles ramenaient des prisonniers pour les vendre.” Le royaume de Dahomey a donc profité de la traite négrière pour bâtir sa richesse. Des faits que la réalisatrice américaine a fait le choix d’occulter. Dans le film, le roi Ghezo est présenté comme étant favorable aux revendications de la générale Namisca qui souhaite mettre fin au commerce d’esclaves  en développant celui de l’huile de palme. Un parti-pris cinématographique qui contredit la réalité et qui a suscité de nombreuses critiques aux Etats-Unis et en Afrique. En septembre dernier, à l’occasion de la sortie du film au Bénin, le président béninois,Patrice Talon, a dévoilé une statue de bronze à l’effigie d’une agojié. Un dernier hommage de la Nation à ces guerrières controversées qui font désormais la renommée internationale de l’ancien royaume du Dahomey.